- le blog de L’Elément Terre, débranché écologie façon décroissance
- le blog-presque-site-à-lui-tout-seul de Luc Delval, Les doigts dans la crise. Une bonne critique radicale de gauche, de la recherche d’info fouillée. bref : j’aime
- le Monolecte, blog d’Agnès Maillard : de tout, toujours de gauche
Et enfin, la création d’une rubrique médias militants : je l’amorce par reprendre CQFD, Fakir, le Plan B et Siné Hebdo. la catégorie s’étoffera selon mes envies, avec un faible pour les journaux généralistes en format papier
A l’heure de la fermeture de tous les bureaux de vote, voici donc la réponse au dernier Qui a dit?
Il ne s’agissait pas, eh non!, de Julien Lahaut mais bien d’Emile Vandervelde, ancien dirigeant du Parti Ouvrier Belge qui déclaré lors d’un discours prononcé en 1922 aux “Conférences de la vie Socialiste”1que :
(…) dans l’hypothèse même où, par la seule vertu du suffrage universel, la classe ouvrière arriverait au pouvoir, se trouverait-il, dans les conjonctures actuelles, quelqu’un pour n’avoir pas les doutes les plus graves sur l’efficacité de l’action parlementaire et la possibilité d’une transition pacifique entre le capitalisme et le socialisme .
.
Un peu plus loin, Vandervelde notera aussi que tôt ou tard, et d’abord dans les pays les plus obérés, les gouvernants se trouveront devant ce dilemme: aller à la banqueroute ou rembourser leurs dettes par un prélèvemennt successoral ou viager sur le capital.
On remarquera qu’il s’est planté : la Belgique s’est endettée (le gouvernement a carrément refinancé le capital bancaire), et le plan d’austérité sera à charge des travailleurs, pas des rentiers. A moins de se battre pour inverser la donne.
Pour me faire pardonner l’absence de conseil musical dans les Qui a dit?, voici, en rafale :
- un sketch de Miam Monster Miam, de retour avec un bon rap serésien bien gras
- un petit billet de Gilles Dal relatif aux discours de campagnes électorale.
.
Ces deux séquences ont été enregistrées pour la Semaine Infernale du 6 juin et sont encore encore baladodiffusables via le site de La Première radio
et un vrai conseil musical avec Miss Kittin & The Hacker et leur électro sombre et un minimum engagée. The Womb est la première piste de l’album Two. Très intéressant de remarquer le jeu de mots où “womb” signifie “matrice, utérus” mais pourrait aussi être la contraction de “woman” et “bomb”.
Allez, je vous en mets un deuxième en prime : Indulgence
”Les prophéties de Karl Marx”, in Emile Vandervelde, Réalisations Socialistes. Notre action d’après-guerre, Bruxelles, L’Eglantine éditeur, 1923 [↩]
C’est donc Marion Lemesre qui a dit en 2003 que la lutte des classes est une forme de racisme. Le lien est ici (pdf). Curieusement elle l’a sorti parce qu’une exposition sur le logement social laissait trop de place au mouvement ouvrier par rapport à l’architecture. C’est un peu curieux de la part de Marion Lemesre de condamner la lutte des classes, laquelle a permis qu’on construise de si beaux logements sociaux, dont elle n’a malheureusement pas retruvé le descriptif esthétique à l’expo .
Gilles avait trouvé la bonne réponse, mais en cherchant via google sur mes conseils. Donc ça ne compte pas. Et pour éviter cela, le prochain “qui a dit” ne se retrouve pas sur internet. Voilà Bon : continuons sur notre lancée
Qui a dit :
(…) dans l’hypothèse même où, par la seule vertu du suffrage universel, la classe ouvrière arriverait au pouvoir, se trouverait-il, dans les conjonctures actuelles, quelqu’un pour n’avoir pas les doutes les plus graves sur l’efficacité de l’action parlementaire et la possibilité d’une transition pacifique entre le capitalisme et le socialisme .
- Céline Caudron, tête de liste européenne pour LCR-PSL
- Oskar Lafontaine, co-dirigeant du nouveau parti de gauche allemand Die Linke
- Julien Lahaut, ancien député communiste belge
- Georges Marchais, ancien secrétaire général du Parti Communiste français
- Emile Vandervelde, ancien président du Parti Ouvrier Belge
C’est donc l’auteur d’une carte blanche dans L’Echo, qui a écrit que L’ acte [de séquestration des dirigeants d'entreprise] fait bouger les choses dans un conflit qui s’enlise.
L’auteur, Emmanuel Goedseels travaille au cabinet de “gestion de crise”1Whyte, lequel a une ligne de crise joignable 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
Si vous avez mal au foie, ils donnent les coordonnées des pharmaciens de garde. Si vous êtes retenus par les travailleurs, pas contents d’être en passe de licenciement, ils envoient Monsieur Sylvestre ? Pour suivre, allez, donc lire leur dernière communication relative à une enquête sur le lobbying d’entreprise auprès des parlementaires régionaux (en pdf).
En attendant un prochain un billet, voici d’ores et déjà un deuxième “Qui a dit ? ”
Qui a dit :
La lutte des classes est une forme de racisme
- Benoît Cerexhe, CDH, ministre régional bruxellois de l’emploi
- Marion Lesmere, MR, députée régionale bruxelloise
- Grégor Chapelle, PS, échevin du travail à Forest et 17è candidat sur la liste PS au Parlement bruxellois.
- Philippe Defeyt, Ecolo, Président du CPAS de Namur.
Officiellement, un cabinet qui se décrit comme : Whyte Corporate Affairs NV/SA is a Belgian, independent corporate affairs company. We deliver corporate communications and public affairs advice and support, with a specific expertise in crisis communication and issue management.
Whyte is a young, dynamic company. It is the product of refreshing entrepreneurship, built on solid foundations:
seasoned consultants with a strong reputation
a proven track record
a highly complementary team, consisting of Dutch and French speaking consultants
a diverse client portfolio
a vast network of reputable partners and contacts
a clear vision on how to manage our clients’ stakeholders, issues and crises in support of their reputation, interests and business objectives. [↩]
Cela fait un moment que je m’interroge sur le pourquoi de la future claque1 que le PS va recevoir en pleine figure le 7 juin.
Voici donc quelques réflexions subjectives, non référencées2, et donc évidemment critiquables et ouvertes à débat.
Tout part d’un passage de Philippe Moureaux à l’émission Matin Première / Questions publiques, le 12 mai, peu de jours après “l’affaire” Donfut.
Vous pouvez réécouter le tout ici :
Matin Première
Questions publiques
Durant Questions Publiques, ce seront les mêmes incessantes questions d’auditeurs. Beaucoup traitent de l’éthique en politique et l’on y entend un très net dégoût du PS, mêlé de rancœur profonde. Corruption, magouilles, clientélisme reviennent et reviennent. C’est que le “cas” Donfut en est le point d’orgue. Depuis l’assassinat d’André Cools, le PS accumule les casseroles. Agusta, Dassault, Inusop, Smap, Carolo, cartes essences à Namur, affaire Vienne, affaireS Lizin, mission en Californie3. S’ajoutent à cela les personnalités et gaffes de certains mandataires : Laloux, Daerden père et fils, Mathot fils, Happart frères, Thielemans, Van Cauwenberghe père et fils. Le profil d’un PS ventripotent, oligarque, dynastique et affairiste est complet. Quand bien même des “gaffes” seraient des non-événements pour journalistes de garde au mois de juillet, quand bien même des affaires se dégonfleraient, l’effervescence médiatique liée aux révélations restent dans les têtes. Pas l’entrefilet de démenti en 5è page.
Bien entendu, les affaires touchent aussi tous les autres partis “traditionnels”, à l’exception provisoire d’Ecolo (parce qu’ayant participé à peu de majorités, avec moins de baronnies, et historiquement soucieux de l’éthique). Et chacun de citer Chastel, Detremmerie, Ducarme, Fournaux.
Pourquoi cet acharnement éthique contre un PS en fin de vie?
1. Incarnée par Elio Di Rupo, la “révolution” éthique tant promise ne semble pas venir. En fait, elle est en cours. On place des Magnette ou des Demotte, aseptisés et technocrates, pour promouvoir les nouvelles “valeurs”, le renouvellement, la refondation, le nouveau visage, les nouvelles lunettes design, le nouveau truc. ON s’inquiète des intercommunales, on complète sa déclaration de mandats, etc. Bref, le grand nettoyage se fait quitte à tirer un peu sur la corde pour éliminer unennemi politique.
Mais sitôt soulevé le tapis où l’on avait pris soin d’y cacher soigneusement la poussière accumulée, celle-ci s’est envolée et éparpillée partout, se révélant au grand jour. Découragé, on laisse donc retomber la poussière jusqu’à ce que les petits bras agités d’un journaliste ne la refassent s’envoler.
2. Ensuite, chaque rédaction, du grand chef au jouraliste stagiaire, en passant par le pigiste, a bien intégré qu’il est plus facile de trouver des problèmes éthiques au PS plutôt qu’à Ecolo, à Charleroi plutôt qu’à Uccle4.
3.Tertio, l’on peut rester songeur à l’idée que nombre de communes wallonnes font ou faisaient analyser leurs comptes par la société de révisorat DC&Co, jadis propriété de Michel Daerden.
4. Enfin, expliquant aussi pourquoi les améliorations passent inaperçues, la population est sans cesse plus exigeante vis-à-vis de l’éthique. On doit s’interroger très sérieusement sur cette nouvelle motivation politique à l’encontre du PS.
Pourquoi l’éthique ne dérange personne ?
L’éthique, c’est avant tout un débat facile. On mélange tout : corruption active et passive, clientélisme, détournements de fonds (à des fins personnelles ou pas), ou des lois ou des deux, comportements immoraux mais dans le cadre légal, le tout donnant un beau paquet de merde que l’on dénonce en bloc.
Et ce d’autant plus facilement que tout le monde, sans exception, condamne ces actes.
1. Les autres formations politiques parce qu’elles peuvent se targuer d’être un peu plus proches de l’irréprochable que ne l’est le PS.
2. Les médias dominants, parce qu’ils peuvent affirmer leur “travail d’investigation”, leur “indépendance” et leur rôle de “quatrième pouvoir” à peu de frais. Qu’ils peuvent éditorialiser en faisant feintant se positionner. Tout cela est plus facile à traiter que l’évolution du rapport capital/travail en faveur de ce premier ou les écarts de richesse chaque année grandissants5.
3. Le peuple6, enfin, en particulier les futurs anciens électeurs PS, voire une partie de sa base.
Depuis vingt ans, il est écrasé par un discours qu’il est difficile de confronter à la réalité7, l’arme fatale en cas de doute dans l’isoloir.
Pourquoi le PS dérange tout le monde ou à peu près…
C’est le fameux : sans le PS, ce serait pire. La Sécu serait pire, le chômage serait pire, la droite serait pire, la privatisation serait pire, la crise serait pire.
Or, ça fait vingt ans que la Sécu se fait flinguer (on dit “redresser”), dix ans qu’on fait des cadeaux (on dit “soutien”) aux entreprises sans exiger de contrepartie en matière d’emploi8, dix ans qu’une amnistie fiscale (pensez: encouragement à la fraude) a été instaurée, vingt ans que les contrats de merde : Maribel, Maribel sociaux, ACS, contractuels dans la fonction publique, Rosetta, intérims, CDD successifs, article 60, titres-services, PFI, Activa, SINE, APE, APE jeunes. Vingt ans, donc, que ces “contrats” détruisent tout statut et toute sécurité financière. Trente ans que le taux de chômage ne diminue pas réellement, sauf quand on bousille le thermomètre en ne comptant pas les plus de cinquante ans, les “en formation”, les “en stage d’attente”, les qui ne sont pas “complets indemnisés”. Vingt-cinq ans que les écarts de revenus entre riches et pauvres s’accroissent, que l’argent se déplace de la sueur des travailleurs vers le capital des rentiers. Plus de quinze ans qu’on “consolide” et qu’on “adapte au Marché européen”, aux “normes internationales”, qu’on augmente notre “compétitivité” (pensez : qu’on privatise).
Et vingt ans que le PS est au pouvoir. Que sans lui… ce serait pire.
Quoi !!!?
Sans le PS, il y aurait dix mille chômeurs de plus ? On aurait “moins bien” privatisé ? Contrôlé 2500 chômeurs supplémentaires ? Fermé 300 autres entreprises ? Les salaires auraient été moins élevés ? On entre dans l’hypothétique, dans l’inargumentable. Avec des “Si” on mettrait le capitalisme en bouteille et le PS comme bouchon.
Durant vingt ans, le PS a refusé la critique et la remise en question9. Un exemple récent ? Le silence radio total suite à la grève de trois jours contre la privatisation de la Poste. Mais faut-il entretenir beaucoup d’espoirs à l’égard d’un parti devenu défenseur des plus riches ?
Sans l’éthique ce serait pire ?
Face à cette fin de non-recevoir, la critique générale s’est donc transformée, de même que les personnes porteuses de cette critique. Sous les assauts des discours social-économistes de marché (lisez : capitalistes) alors même qu’ils proviennent des élus et d’un parti historiquement10 choisi pour le combattre11, la critique a plié. Mais pas cédé.
Parce que le capitalisme NE PEUT PAS rendre heureux les centaines de milliers de chômeurs en Belgique, les centaines de millions dans le monde. Ni le million et demi de personnes vivant sous le seuil de pauvreté en Belgique, le milliard quatre-cents millions dans le monde. Ni les travailleurs pressurés, harcelés, licenciés, suicidés. Le capitalisme tue… Et je ne parle encore que d’économie; pas de mal-être, de dépréciation de soi et des autres, d’éducation et d’enseignement, de culture.
Mais parce qu’il n’est pas impossible ou interdit mais “archaïque”, “désuet”, “dépassé”, “hors sujet” d’évoquer le capitalisme, la critique a suivi les vents dominants. Parce que le PS a gagné12 sur le point fondamental qu’est la transformation de la réalité où toute opposition au capitalisme n’a désormais plus de sens, il se fait attaquer d’une autre manière, qu’il est bien incapable de contrôler : l’éthique.
Pour autant, la défaite du PS aux élections ne générera pas Le Grand Soir (je vous renvoie ici à l’article, que je partage en grande partie, de Un Homme).
Bien au contraire, dénier la nécessité de transformer radicalement la société au profit d’une éthique pis-aller est dangereux. Pendant que l’on songe aux 13.000 euros mensuels de Didier Donfut, on oublie les trente milliards13 de fraude fiscale annuels14, on oublie les intérêts notionnels. On oublie, tout simplement, l’exploitation constante et quotidienne.
Conseil de lecture : La Guerre Des Classes par François RUFIN, Fayard, 2008.
NB : encore plein de fautes de frappe, de raccourcis, etc.
Je ne me base que sur des sondages. C’est sauf bouleversement, donc. Et intuitivement, vu l’ancrage du PS dans les têtes, la chute ne sera peut-être pas aussi sévère qu’annoncée [↩]
Parce que je n’avais pas envie, cette fois, d’éplucher 35 articles du PPA qui n’apporteraient rien de neuf ou de rechercher mes sources de sociologie politique un peu moins dominantes que celles du CEVIPOL [↩]
Dans son ensemble, le pilier “socialiste” est également touché, bien que plus discrètement : SETCa Anvers, SETCa Bruxelles-Hal-Vilvorde, “doubles salaires” aux Mutualités socialistes [↩]
Point d’analyse politique, ici : je parle juste de données économiques fondamentales pour comprendre la société et qui ne sont quasi jamais mises en avant [↩]
entre autres parce que la réalité n’est plus décrite telle qu’elle est, entre autres parce qu’on la complique aussi inutilement : on parle de complexité, de multitudes, on désincarne la décision pour la mettre aux mains d’un marché, d’une Union Européenne ou d’une mondialisation [↩]
voir par exemple ici. Et je ne vous parle pas de la date du premier cadeau “conditionné” [↩]
Y compris vis-à-vis de sa base qui attend toujours le congrès tant promis d’évaluation de participation au gouvernement fédéral en 2007 [↩]
L’ acte [de séquestration des dirigeants d'entreprise] fait bouger les choses dans un conflit qui s’enlise.
- Anne Demellenne, Secrétaire générale de la FGTB dans le périodique Syndicats.
- Un haut fonctionnaire du ministère de l’Emploi, lors d’une réunion de conciliation pour la firme chimique Cytec alors que la direction et les représentants syndicaux étaient retenus par des travailleurs.
- Zoé Génot, en Commission des Affaires Sociales de la Chambre.
- Un associé d’un cabinet de gestion de crise pour les patrons, dans L’Echo.
Après avoir quelque peu bifurqué vers les notices wikipedia, j’en viens finalement au sujet initial : la vision des enjeux du chômage temporaire des employés pour Le Soir et La Libre Belgique.
Si vous en savez assez sur le chômage temporaire 1, vous pouvez directement aller au point 2, objet du billet.
1. Le chômage temporaire : les enjeux
A. Au centre des différences de statuts entre ouvriers et employés
L’enjeu du chômage temporaire pour les employés est en fait un concentré d’autres enjeux et de rapports de force entre syndicats et patronat concernant le statut des ouvrier et des employés2.
Officiellement, le statut d’ouvrier est rattaché à un travail constitué majoritairement de tâches manuelles, le statut d’employé à une majorité de tâches intellectuelles. En pratique, cette distinction selon le type de travail perd de sa pertinence au fil des ans : les travaux manuels nécessitent de plus en plus de maîtrise intellectuelle pour pouvoir être exercés : qu’il s’agisse de formation préparatoire ou continue ou bien d’aptitudes intellectuelles lors de la tâche : un maçon doit pouvoir comprendre un plan, un opérateur en salle de contrôle est devant un écran toute la journée.
Schématiquement, ces différences sont les suivantes :
Les ouvriers ont des délais de préavis plus courts que ceux des employés. Ils peuvent être licenciés plus rapidement (et peuvent démissionner plus facilement). Les indemnités qui leur sont versées en cas de licenciement sont donc moins élevées. Cela joue beaucoup lors des restructurations.
Les ouvriers ont des périodes d’essais plus courtes que celles des employés.
Les ouvriers connaissent peu d’évolution salariale lors de leur carrière3, tandis que les employés ont ce qu’on appelle une évolution barémique : en fonction de l’âge4 ou de l’ancienneté, leur salaire est augmenté automatiquement.
Enfin, le chômage temporaire (voir point B) n’existe pour les employés qu’en cas de force majeure. Il peut être appliqué bien plus facilement pour les ouvriers.
Depuis bientôt dix ans, les interlocuteurs sociaux, patronat et syndicats, négocient pour harmoniser ces statuts. Simple en apparence, cette harmonisation cache en réalité des volontés patronales de dévaloriser le statut d’employé, particulièrement en harmonisant vers le bas les délais de préavis en cas de licenciement. Ben oui : virer un employé à moindre coût fait partie des plus ardents désirs patronaux. Un autre objectif patronal consiste aussi à introduire le chômage temporaire pour les employés.
A mettre les travailleurs au chômage pendant une période définie et en leur versant (un petit) complément à l’allocation de chômage.
A garantir leur emploi et leur retour au travail après le retour à la normale (c’est qu’il est moins cher de reprendre un travailleur déjà formé à son outil plutôt que de financer la formation d’un débutant).
Beaucoup d’entreprises ont recours à ce système sans avoir pour autant de bonnes raisons.
Bien souvent, des entreprises mettent des ouvriers en chômage économique pour diminuer la production et maintenir ainsi des prix à la hausse. Par exemple, la vente d’engrais est faible durant l’hiver. La production sera donc diminuée pour maintenir des prix élevés. Les travailleurs sont donc les premières victimes de la politique économique de l’entreprise.
En ce qui concerne le chômage temporaire, les patrons menaçaient5 de licencier si l’on n’introduisait pas le chômage temporaire pour les employés.
Ils ont donc saisi au vol l’opportunité de la crise économique pour demander un avantage sans tenir compte des autres différences de statut.
2. Qu’en disent les médias ?
Saint Bernard Demonty versus Saint-Michel Konen
Le 30 avril paraissaient deux éditoriaux6 sur le chômage temporaire. Le premier était rédigé par Michel Konen, dans La Libre Belgique 7 le deuxième était l’œuvre de Bernard Demonty, dans Le Soir8.
Premier élément intéressant, aucun des éditorialistes ne reprend le débat dans sa globalité9. La négociation du Groupe des dix10 n’est pas abordée une seule fois.
Deuxième élément : le chômage temporaire pour les employés est la solution pour éviter les licenciements. Outil de flexibilité à “visage humain” pour Michel Konen, avancée permettant d’éviter les licenciements pour Bernard Demonty.
Mais le plus curieux est sans doute la structuration identique de ces deux éditoriaux. Tant le journaliste du Soir que celui de La Libre veulent présenter les parties en présence de manière neutre. En fait c’est eux qu’ils veulent situer eux de façon neutre11. Demonty et Konen placent donc les interlocuteurs dos à dos, que ce soit pour des enjeux économiques mais aussi politiques et donc idéologiques (Konen) ou parce que les arguments (…) des employeurs et des syndicats provoquent un désagréable sentiment d’abus de crise (Demonty).
Mais si l’on prend la peine d’aller jusqu’à leurs conclusions (j’ai dû me forcer), nos braves gardiens de la neutralité journalistique se laissent aller à leurs penchants patronaux en nous prenant par les sentiments. C’est que l’on voit pourtant, aujourd’hui déjà, des entreprises, en particulier des PME, prises à la gorge par la chute des commandes(…) (Konen) . Pendant ce temps chez Arcelor et dans des centaines de petites et grandes entreprises, les C4 n’attendent, pour partir, qu’un timbre-poste. Si les patrons et les syndicats s’entêtent, ils le colleront ensemble (Demonty). On notera les “aujourd’hui” et “pendant ce temps”, accentuant le sentiment d’urgence : si on n’instaure pas le chômage économique pour le 30 avril à midi, des milliers d’entreprises vont licencier dès 13 heures, hein! D’ailleurs Arcelor vient de passer une commande suspecte à la Poste. Que diable! notre tissu économique menace de se distendre, nos entreprises risquent de passer de vie à trépas.
Les différences, à présent. On a lu qu’au début de son éditorial Michel Konen agitait l’épouvantail de l’idéologie pour expliquer le blocage. Saint-Bernard le fait lui… à la fin. Aaah Saint-Bernard, ces bonnes vieilles questions idéologiques. Ces termes dénués de sens que sont “capitalisme”, “lutte des classes”, rapport de forces. Si au moins nous retrouvions un semblant d’harmonie, si nous privilégiions le dialogue au conflit, la relation à la compétition, le pluralisme au sectarisme, le bien commun à la lutte des classes et aux intérêts corporatistes ou identitaires12. Cela permettrait de résoudre cette crise économique surgie du néant ou d’un commandement divin aux impénétrables desseins à laquelle seule une authentique humaniste13 pourrait répondre. Si Bernard Demonty ne l’écrit pas texto, il le pense en tout cas très fort. Saint-Michel, par contre, ne s’en prive pas : la balle est dans le camp de la Ministre de l’emploi, Joëlle Milquet. Si elle réussit à faire la synthèse (…), elle aura marqué des points importants pour elle et son parti.
Une différence entre un quotidien laïc et libéral et un autre, chrétien et “humaniste”? Où ça ?
Conseil musical : le 14 mai, P.J. Harvey et John Parish étaient en concert à l’Ancienne Belgique. Voici donc Leaving California, de leur dernier album : A Woman A Man Walked By
par chômage temporaire on entend le chômage économique par manque de travail dans l’entreprise et le chômage technique; par exemple suite à la panne d’une chaîne de production [↩]
La Belgique est un des rares états européens à distinguer encore fortement les deux statuts [↩]
hors indexation des salaires et luttes pour des augmentations [↩]
les plus hauts représentants syndicaux et patronaux : composé de 2 FGTB, 2 CSC, 1 CGSLB, 1 Unizo, 1 UCM, 1 Boerenbond, 2 FEB et enfin un président (FEB, lui aussi). [↩]
Ceci est la première partie, d’un article consacré à la vision des enjeux sur le chômage économique des employés par La Libre Belgique et Le Soir. Mes recherches m’ont ainsi amené à remarquer les deux notices wikipedia consacrées aux deux grands (en termes de lectorat uniquement) quotidiens généralistes francophones de Belgique. sans lien avec le chômage économique, je n’ai pu résister à l’envie de vous présenter ces deux curieuses notices.
Lancé dans un projet en lente gestation d’information indépendante, la fausse objectivité ou impartialité de nos grands médias ne cesse de m’interpeller. Parti du projet de la mise en évidence de la pensée unique dans deux quotidiens francophones du pays, Le Soir et La Libre Belgique, j’ai débuté mes recherches par un passage vers Wikipedia, pour y trouver quelques références de départ. J’ai été très surpris de constater que les “notices” Wikipedia présentent Le Soir et La Libre Belgique d’une bien curieuse manière.
Pour Le Soir, si ce ne sont les chiffres de tirage et de lectorat, les seules sources utilisées pour la rédaction de la notice sont ce que pense la rédactrice en chef du quotidien. Je vous laisse le soin d’apprécier la force de caractère du Soir telle que présentée par Wikipedia :
Réaffirmée à l’occasion de la sortie de la nouvelle formule, le 15 novembre 2005, la ligne éditoriale du Soir le pose en tant que “quotidien progressiste indépendant”. Il se veut, selon sa rédactrice en chef, Béatrice Delvaux, “contrepouvoir”, “à l’écoute, en phase avec la société”, “populaire, par opposition à un quotidien de l’establishment”. “Le Soir ne sera pas un ventre mou, écrit-elle. Il mènera des combats et sera tranchant, avec la publication chaque jour d’une page donnant son opinion, reposant sur une colonne vertébrale: la poursuite farouche du progrès. Le Soir est progressiste. Résolument, profondément, irrésistiblement. Partisan… du progrès social, politique, économique, farouchement attaché à la volonté de faire bouger la société vers un idéal correspondant aux valeurs du journal”. “Un Soir de combat pour les droits de l’homme et de la femme, le respect de la dignité humaine, la liberté d’expression, la tolérance, la multiculturalité, la différence”. “Le Soir” ne se veut ni de droite ni de gauche: “Nous devons au contraire refuser toutes les étiquettes politiques qui corsètent, embrigadent, mettent des œillères, créent des tabous. Il peut y avoir du conservatisme à gauche et du progrès à droite: c’est notre capacité à le reconnaître le cas échéant, en suivant la seule trame de nos valeurs, qui nous permettra d’être extrêmement libres dans notre travail, d’être justes dans nos exposés des faits et nos analyses, d’êtres crédibles car non inféodés à des organisations (…) ou aux hommes et aux femmes qui les composent”.
Tout ça est très novlangue, tout de même. M’amusant à taper les termes suivants en recherche “belgique” dans google : [ contrepouvoir progressiste "progrès social" "dignité humaine" multiculturalité] je n’ai eu que… trois résultats de recherche. mais un de ceux là était le programme du… Parti Socialiste pour les élections législatives 20071. Troublant.
Pour La Libre Belgique, le référencement est plus amusant. On y retrouve bien sûr les chiffres du CIM pour l’analyse de lectorat et… une source externe décrivant le journal :
La Libre Belgique fut longtemps à forte tendance catholique, avant de s’ouvrir vers d’autres points de vue en 1999. Dans les années 1970, Jean-François Bastin évoque le « phénomène La Libre Belgique », qu’il présente comme un journal à caractère national, catholique, monarchiste, qui fait de la polémique et a quatre cibles privilégiées : les syndicalistes, les gauchistes, les fédéralistes et la RTBF.
Mais qui donc est ce Jean-François Bastin ? L’architecture wikipedia nous fournit un lien immédiat mais il manque de sens puisque ledit Jean-François Bastin est… allez-y cliquez sur ce lien.
Oui, oui, c’est bien lui
En réalité, il est possible que l’auteur de la phrase était soit Max Bastin (issu du Mouvement Ouvrier Chrétien) soit Jean-François Bastin (un réel homonyme, documentariste à la RTBF). Ou encore que le fils ait le même prénom que le père. Ce qui ne change rien à l’erreur.
Autre problème : nous n’avons aucune idée de l’éventuelle vision plus récente de La Libre Belgique. Mais si l’on en croit Jean-Jacques Jespers, professeur de journalisme à l’ULB, On constate aussi une homogénéisation des choix rédactionnels – Le Soir et la Libre Belgique ont le plus souvent la même manchette, sinon le même titre – et une dépolitisation des contenus, l’information politique ayant souvent la réputation d’être ennuyeuse2.
Aaah c’est dommage cette réponse si tranchée de JJJ . Comme pour Le Soir, j’aurais bien lancé une autre petite recherche google. Pour savoir si les mots-clés descriptifs de La Libre Belgique auarient été étiquettés CDH, MR, PS ou Ecolo. Ou bien les 4.
En attendant la suite de ce billet, consacrée à deux éditoriaux sur l’introduction du chômage économique pour les employés, voici quelques références utiles pour savoir ce que “pensent” La Libre et Le Soir.
1. R. CAMPE, M. DUMON et J.-J. JESPERS, Radioscopie de la presse belge, Verviers, 1975.
2. J.-Fr. DUMONT, B. GREVISSE et G. RINGLET, La presse écrite en Belgique, Diegem, 1998.
3. E. DE BENS, De pers in België. Het verhaal van de Belgische dagbladers. Gisteren, vandag en morgen, Tielt, 1997.
Mieux vaut parfois lire que se fier à Wikipedia, dont les ennuis de fiabilité sont abordés dans un article de l’édition d’avril du Monde Diplomatique.
Conseil musical : il s’agit d’une petite découverte (je ne remercierai jamais assez la médiathèque). Le compilateur et remixeur de ce cd CD est DJ Spooky. Il a édité un album en 2008 ,Sound Unboud, dont le site spécifique est ici. La démarche consiste à méler musique et information. Et d’évoquer le rôle du son et de la musique dans une société basée sur l’information. Dans le sens d’information, il s’agit de passages audio de différents artistes, écrivains, philosophes, ingénieurs du son, etc. L’intégralité n’est pas à écouter attentivement mais plutôt d’une oreille distraite, attirée ponctuellement par un “morceau” ou un autre. C’est ainsi que je vous fais écouter, même si l’album a plus de valeur d’une traite, une Fanfare Savale qui reprend du Maïakovski ainsi que la dernière plage de l’album ou Iggy Pop lit du William Burroughs. Sonic Youth est également remixé une fois sur ce CD .
.
tout de même une brique de 305 pages; contrepouvoir apparaît une fois, progressiste 9 fois, progrès social 4, dignité humaine 5, multiculturel 6 (o occurenes de multiculturalité [↩]
intervention réalisée lors d’un colloque sur les médias en mai 2005 à l’occasion du 175è anniversaire de la Belgique et que l’on peut retrouver en intégralité sur l’ancien portail 175-25 [↩]