Qui a dit ?

Qui a dit ?

L’ acte [de séquestration des dirigeants d’entreprise] fait bouger les choses dans un conflit qui s’enlise.

– Anne Demellenne, Secrétaire générale de la FGTB dans le périodique Syndicats.

– Un haut fonctionnaire du ministère de l’Emploi, lors d’une réunion de conciliation pour la firme chimique Cytec alors que la direction et les représentants syndicaux étaient retenus par des travailleurs.

– Zoé Génot, en Commission des Affaires Sociales de la Chambre.

– Un associé d’un cabinet de gestion de crise pour les patrons, dans L’Echo.

SERV-vil

En 2007, Gouvernement flamand et interlocuteurs sociaux définissent un “agenda de compétences 2010” (pdf). L’objectif est d’améliorer le marché du travail via l’apprentissage et l’enseignement, une meilleure information sur les métiers, des solutions adaptées aux travailleurs âgés ou non qualifiés etc. Bref, une série de priorités bureaucratiques mâtinées de quelques contre-pieds syndicaux. On parle d’adaptation des travailleurs au marché du travail, très peu de l’inverse. L’emploi est secondaire par rapport aux exigences de formations et de curriculums adaptés.

Dans ce cadre, le Sociaal-Economisch Raad van Vlaanderen, soit le conseil économique et social flamand, a lancé un appel à la rédaction d’un guide de bonnes pratiques en rapport avec le développement et la gestion des compétences du personnel. Qu’il s’agisse d’entreprises privées, d’organisations publiques ou du secteur non-marchand, le but est de récolter les us et coutumes des entreprises, de les mettre en exemple et de les populariser. Somme toute, rien de bien surprenant fans un environnement managérial.

Ce qui l’est plus, c’est la présence d’une organisation bien particulière, laquelle s’efforce d’accueillir et accompagner les nouveaux entrants, tient compte des acquis issus de l’expérience, travaille au développement de la confiance en eux parmi ses travailleurs, offre des formations pour les postes de travail spécifiques, etc. Dans un même esprit de saine collaboration professionnelle, les organisations syndicales sont associées au projet.

Et pour l’organisation de ce projet “de gestion des ressources humaines” marche tellement bien qu’il sera étendu à tous les… autres centres fermés du pays. Je vous renvoie à la page 23 de la liste des entreprises et organisations (pdf) décrivant leur bonnes pratiques.

On imagine bien le centre de Merksplas, qui est en fait le centre fermé participant au projet du SERV, organiser une grande réunion avec les directions des autres centres fermés sur le profil de fonction des assistants sociaux, qui devraient faire preuve de la plus grande… distance possible avec leurs usagers : les  convaincre d’une expulsion volontaire. Pour info, cela est d’ailleurs prévu par la loi, comme l’atteste la page 63 de ce rapport “Centre fermés : Etat des lieux” (pdf), réalisé à l’initiative de diverses organisations défendant les étrangers, dont la Ligue des droits de l’Homme

L’arrêté royal du 2 août 2002 qui fixe le fonctionnement des centres fermés énonce que le personnel des centres a pour mission “d’accompagner psychologiquement et socialement » les détenus, de « les préparer à leur éloignement éventuel” et de “les inciter au respect de la décision d’éloignement qui serait prise à leur égard”. Ces tâches les placent évidemment en situation délicate par rapport à la déontologie et à l’indépendance que l’on est en droit d’attendre d’un assistant social. Les détenus nous ont rapporté qu’ils vivent comme une très forte pression ce que disent ou font certains assistants sociaux pour les convaincre de partir : non seulement les propos explicites invitant à se soumettre à la décision d’expulsion mais aussi parfois la rétention d’information sur les recours juridiques possibles ou une négligence à donner suite à des demandes formulées par les détenus dans le cadre des diverses procédures.

Chacun remarquera également la formidable interaction entre la fonction de psychologue et celle de directeur adjoint. Quoi de plus normal, le directeur adjoint doit être un psychologue. Il s’agit sans doute de l’uniformisation de l’exécution des tâches.

Ou bien d’accueillir si bien les nouveaux médecins que ceux-ci en perdent leur indépendance professionnelle et leur déontologie.

Ou encore, pourquoi pas, recruter d’anciens vigiles insensibles, racistes, violents ?

Par curiosité, j’ai été consulter les annonces de vacances d’emploi pour les centres fermés. Eh oui, la déportation étatique est définissable en profil de fonction : l’assistant social de Merksplas (profil complet) doit être doté d’une grande force de persuasion, avoir le sens des responsabilités, pouvoir faire face aux situations de conflit, etc.

Quant au veiligheidsassistent team leider (au centre 127 bis), à vous d’aller voir sur le site du ministère de l’intérieur et de ne pas postuler avent le 30 octobre.

Conseil musical : La Rumeur avec Ils nous aiment comme le feu

Faire travailler plus pour gagner plus

On l’entend trop souvent, les cotisations sociales patronales, les “charges” qui “pèsent” tant sur l’entreprise comme disent nos bourreaux du travail, sont trop élevées.

La Belgique serait un des pays ou l’impôt sur les sociétés serait le plus élevé au monde, etc. etc.

Pourtant, les organisations patronales se sont bien débrouillées pour gagner plus que ce qu’elles ne donnent. C’est le cas dans un mode de travail de plus en plus courant : le travail en équipes.

Je vais essayer d’être synthétique

1. Le travail en équipe est défini (officiellement) comme suit:
• travail au minimum avec 2 équipes comprenant au moins 2 travailleurs;
• qui font le même travail tant au niveau du contenu qu’au niveau de l’étendue;
• qui se succèdent dans le courant de la journée sans qu’il y ait d’interruption entre les équipes successives et;
• sans que le chevauchement n’excède un quart de leurs tâches journalières.
Le travail de nuit est le travail effectué entre 20 heures et 6 heures, sauf si le travailleur effectue uniquement des prestations entre 6 heures et 24 heures ou si le travailleur commence habituellement à travailler à partir de 5 heures.

En pratique, c’est un travail souvent pénible aux horaires variables et décalés (04-midi, par exemple). Pour ces contraintes, le travailleur bénéficie d’une prime d’équipe au montant rarement mirobolant.

2. Les augmentations de salaire direct pour les travailleurs, index compris bien entendu, ont été fixées à 5% pour 2007-2008. Il s’agit de la norme salariale indicative. “Indicative”, elle n’en est pas moins respectée dans nombre de situations. Et vu l’augmentation de certaines denrées, l’inflation sera sans doute forte et donc les augmentations salariales réelles d’autant plus limitées (2% d’index + 2% + 2% =6% => pas d’augmentation salariale directe parce qu’on est déjà au-dessus de la norme indicative*).

3. Pour des raisons de soutien à l’industrie automobile en Belgique, les patrons (avec le soutien discret de certaine centrale syndicale) ont obtenu une réduction des cotisations sociales de 10,7% pour le travail en équipes.

Donc :

Premier jackpot : les patrons gagnent de l’argent avec des travailleurs en équipes et ce, sans rien faire. Augmentés de maximum 5% sur deux ans (soit 2,5% par an), ceux-ci généreront une économie de 10,7% par an (sur la cotisation patronale**, évidemment. Pas sur la totalité du salaire).

Deuxième jackpot : l’économie est telle que que le travail en équipe et la prime qui y est liée coûte désormais moins cher, voire nettement moins cher*** dans certains secteurs que “le travail de jour” soit le travail exercé à horaires réguliers et diurnes 😉

Troisième jackpot : la définition du travail d’équipe est relativement brève. Un patron avec un service de GRH bien organisé pourra placer nombre de ses ouvriers ou employés sous régime équipe (moyennant une misérable prime). Par exemple, il est tout à fait envisageable d’instaurer une “garde informatique” d’une entreprise en système de travail d’équipe. C’est d’autant plus facile et c’est là que le troisième bonus intervient, que la réduction de 10,7% est calculée mensuellement (sur base de la rémunération mensuelle brute du travailleur) mais que l’on peut en bénéficier dès l’organisation d’un jour de travail d’équipe. Reprenons la garde informatique : Paulo et Kevin assurent 8 heures de garde de 00h à 08h, Peter et Cynthia de 16h à minuit, sachant que durant la journée il n’y a pas besoin. Ils ne font cela qu’un jour par mois et coûtent 10,7% de moins pour tout un mois. histoire de rentabiliser les autres travailleurs, on leur affecte aussi un jour de garde et tout le personnel y passe. L’employeur pourra même leur faire un petit chèque cadeau à la fin de l’année, ses sujets ne sauront même pas qu’ils lui auront rapporté beaucoup plus.

Une dernière pour la route : on évoque la possibilité de monter la réduction à 16%…

NB : ne vous en faites pas pour les sources, elles arriveront tout bientôt

<EDIT> Voici donc les références (quasi toutes en néerlandais):

Tijd :
– “Straks doen we allemaal de nacht”, 17/10/07
– “Het cobra-effect”, 17/10/07
– “Agoria vraagt hogere korting ploegenarbeid”, 18/10/07
De Morgen :
-“Belgische arbeider is op één na duurste”, 18/10/07

Het Laatste Nieuws :
– “Belgische arbeiders op één na duurste van Europa”, 18/10/07

L’Echo : une brève de 105 mots  en date du 18/10

</EDIT>

* un peu de linguistique politique : les patrons abrègent la “norme salariale indicative”, en “norme salariale”, les syndicats en “norme indicative”. Autant on sait, le terme étant utilisé dans un contexte particulier, que l’on évoque les salaires autant ôter “indicative” tend à faire de cette norme une obligation 🙂

** pour plus d’infos sur le calcul de la cotisation patronale : voyez ce lien.

*** 3,5% d’économie par tête de pipe dans une boîte de 200 travailleurs à 2000€ bruts du mois, ça fait 14.000€ d’économie mensuels

Conseils musicaux :

L’approprié Canned Heat avec Let’s work together

Et puis The Knife, groupe minimaliste suédois flirtant avec les glauques années 80 : Forest Families