phrase du jour

C’est parti pour une phrase du jour. Du moins, “du jour” elle date en réalité d’hier, 6 janvier.

Prononcée par le Premier Ministre irakien elle se voulait une réaction aux condamnations par différents états et organisations de la mise à mort de Saddam Hussein. La voici :

“Les autorités irakiennes pourraient revoir leurs relations avec tous les états qui n’auraient pas respecté la volonté du peuple irakien.”

Ca c’est doublement rigolo :

– la volonté du peuple irakien s’exprime donc par le pouvoir judiciaire. Donc il doit y avoir des juges PS, des juges PRL, etc. qui se présentent aux élections. On pourrait imaginer des slogans :

“Votez pour moi, je défendrai l’intérêt général. Du moins j’y travaillerai…”
“Avec moi pas de grandes promesses mais des actes concrets ! A chaque jour suffit sa peine”;

- mais la volonté du peuple irakien est également représentée par son gouvernement qui, comme chacun sait, n’a de cesse d’agir en toute indépendance vis-à-vis de la puissance occupante. En somme, le peuple irakien, ce sont les électeurs états-uniens (oui, oui pas les Noirs de Floride, ceux-là, ce sont un peu les sunnites de là-bas pour verser dans la caricature).

Et simplement triste :

La déclaration a été reprise au journal parlé de midi ( 6 janvier, donc) de la RTBF, sans qu’il n’y soit fait de commentaire. Rien. du journalisme de facilité. On cite l’auteur et puis c’est fini. Qu’il revienne aux auditeurs de “se faire leur propre opinion” ou encore qu’ils soient “seuls juges” est une chose sur laquelle on ne reviendra plus. Mais il faut tout de même leur fournir un minimum d’informations à ces fins, non ? Rendre un jugement nécessite d’avoir arguments de l’accusation et de la défense à disposition. Ici, ce n’était pas le cas. Mais soit. Ce n’est ni la première ni la dernière fois que ça arrive. Mais je me devais de faire au moins une fois mon Michel Collon.

Je vous conseille cette fois-ci : The Idjut Boys et leur album Press Play. Pas de site internet particulier si ce n’est celui de leur label, de quelques interviews disponibles ici et d’une écoute en ligne via Amazon (désolé pour cette génante référence commerciale). Leur musique est parfois qualifiée de, ne riez pas, heavy-dub-disco (sic).

RTBF


J’ai donc toujours envie d’écrire (mais les 15 jours ne sont pas passés).

Je me suis dit que j’allais évoquer le cas RTBF et vous filer mon avis (vous vous rappelez le pourquoi du nom du blog, tout de même?)

Pour souscrire à la mode et autres machins du style “ayons une conversation courtoise”, vous êtes libres d’imaginer des “à mon humble avis”, “il me semble que”, “si je peux me permettre” dans le texte. Moi, je ne suis pas diplomate. Commençons.

1. Je pars du principe que le problème n’est pas déontologique. Fiction ou réalité là n’est pas l’important. Le but de la RTBF( je n’évoque ici que la RTBF télé) est de diffuser une information de qualité. Et cela peut se faire aussi par la fiction.

2. En l’occurrence l’électrochoc émotionnel (l’expression est déjà consacrée et c’est tant mieux : au moins on n’aura pas tsunami médiatique ou encore Katrina ertébéen) est la preuve de l’échec de la RTBF à faire passer une information correctement.

3. En effet, si la RTBF menait à bien sa mission d’information, il n’y aurait tout simplement pas eu de panique. Ni call-centers affolés, ni cœurs saturés (oups, c’est l’inverse). Tout simplement, l’immense majorité des spectateurs, parce qu’éduqués médiatiquement et formés à la critique historique* auraient d’abord déclaré :

- “Ca c’est l’émission de Defossé, on a encore droit un scénario fiction et à de la mise en scène!” (même si ce n’est pas lui qui signe le reportage).

En cas de doute, c’aurait été :

- “Dis chou mets un peu RTL pour voir ce qu’ils disent”.

4. En fait ça a été l’inverse. Et cela prouve que nous sommes trop nombreux à gober que la Flandre pourrait du jour au lendemain déclarer son indépendance. Qui plus est sans crise politique préalable. Que les Flamands sont tous des flamingants. Que confédéralisme-pour-mettre-fin-à-la-solidarité-économique et désir d’indépendance pour libérer les Flamands de l’étau Belgique, c’est kif-kif bourricot. Bref que les Flamands ne sont pas gentils et qu’ils n’attendent que deux choses : expulser la famille royale et arrêter les trams 3000 à la frontière.

Et donc, si nous avons des conneries pareilles en tête, c’est parce que la RTBF fait mal son boulot (mais elle n’est pas le seul média à devoir assumer non plus).

La plus classique théorie de politico-cafetiers étant l’assimilation du vote CD&V à une volonté de creuser / élargir un peu plus la tranchée / le fossé Nord-Sud. Et d’oublier que l’électeur CD&V, il vient aussi de l’ACW (le mouvement ouvrier chrétien flamand) et ne veut pas la scission de la Sécu, ou bien il fait confiance au gouvernement flamand. Ou bien aussi, il veut le confédéralisme. Bref il y a de tout. Mais tout ça, on ne le commente que rarement en Belgique francophone.

De même que l’électeur socialiste (pardon : PS), il voudra peut-être qu’on mange mieux à la cantine de l’école, pensera qu’il faut voter utile, ne voudra pas la disparition de la Sécu (comme certains électeur CD&V membres de l’ACW ou e la CSC flamande), sera un grand partisan de Van Cau. Ou de Courard. Bref, il y a de tout.

5. Mais putain de bordel de tête! Si la RTBF veut un débat sur l’hypothétique / potentielle / sûre et certaine déclaration d’indépendance de la Flandre qui aura lieu jamais / demain / ce soir / maintenant, pourquoi n’a-t-elle pas rempli sa mission d’information auparavant ? Et aussi pourquoi n’a-t-elle pas fait plus de reportages sur les conflits sociaux en Flandre, pourquoi n’interviewe-t-on pas des Flamands lors des micro-trottoirs? Pourquoi les considère-t-on comme Flamands et pas comme travailleurs, chômeurs, artistes, femmes au foyer, syndiqués, patrons, fachos, gauchos avant de les voir comme des flamoutches ? Là est le réel problème. (Et non, je suis très loin d’être un unitariste. Juste que je me suis toujours senti plus proche du travailleur indonésien que du patron qui habite dans ma rue. Fin de la parenthèse)

6. Je ne pense pas que l’émission de la RTBF va servir à alimenter le débat très longtemps. Peut-être y aura-t-il quelques débats ou tables rondes organisées à l’auditoire Paul-Emile Janson de l’ULB, mais à part ça? Quoi d’autre ?


Là, j’admets être sceptique dès le départ et ne pas laisser la chance à l’événement de devenir plus qu’un one shot de lapin célibataire au printemps. Et vu les débats qui animent les journalistes eux-mêmes, cela pourrait virer au positif. Sait-on jamais…

7. Mais ce qui est sûr, c’est le coup de pub de la RTBF : la RTBF qui fait la une du 19 heures de la rivale RTL et de tous les quotidiens belges, l’explosion du serveur de la RTBF, les ventes record des journaux, … Tout cela replace la “marque” RTBF au devant de la scène, en refait un acteur des médias plutôt qu’un service public à la traîne. Et l’Administrateur-général devait se douter de ces retombées. Peut-être pas de façon aussi spectaculaire, il est vrai.

Après, entre autres, la refonte des radios et le changement de logo, on sent la volonté très nette de la RTBF de transformer son image. Mais pas la volonté d’améliorer l’information.

8. J’espère vivement des commentaires de Jean-Jacques Jespers à la semaine infernale de samedi.

9. Non, Monsieur, je n’ai pas regardé l’émission : il y avait Zulte-Waregem / Ajax, mercredi soir . Mais j’ai aussi plus parlé de la nécessité d’une bonne information que de l’émission en tant que telle.

10. Et dommage collatéral de Question à la Une : Karine et Rebecca (le nom de code de Q. à l. U avant l’émission) vont repartir en tournée. Juste avant Noël, noteront les paranos.

* Jusqu’à aujourd’hui 22h les seuls de mes potes qui râlent sur cetet émission sont historiens. J’espère que mon prochain post ne commencera pas par “chers confrères”.

NB : après Sonic Youth, je vous recommande Krakow

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