ychodrame

Cela fait un moment que je m’interroge sur le pourquoi de la future claque1 que le PS va recevoir en pleine figure le 7 juin.

Voici donc quelques réflexions subjectives, non référencées2, et donc évidemment critiquables et ouvertes à débat.

Tout part d’un passage de Philippe Moureaux à l’émission Matin Première / Questions publiques, le 12 mai, peu de jours après “l’affaire” Donfut.
Vous pouvez réécouter le tout ici :

Matin Première

Questions publiques

Durant Questions Publiques, ce seront les mêmes incessantes questions d’auditeurs. Beaucoup traitent de l’éthique en politique et l’on y entend un très net dégoût du PS, mêlé de rancœur profonde. Corruption, magouilles, clientélisme reviennent et reviennent. C’est que le “cas” Donfut en est le point d’orgue. Depuis l’assassinat d’André Cools, le PS accumule les casseroles. Agusta, Dassault, Inusop, Smap, Carolo, cartes essences à Namur, affaire Vienne, affaireS Lizin, mission en Californie3. S’ajoutent à cela les personnalités et gaffes de certains mandataires : Laloux, Daerden père et fils, Mathot fils, Happart frères, Thielemans, Van Cauwenberghe père et fils. Le profil d’un PS ventripotent, oligarque, dynastique et affairiste est complet. Quand bien même des “gaffes” seraient des non-événements pour journalistes de garde au mois de juillet, quand bien même des affaires se dégonfleraient, l’effervescence médiatique liée aux révélations restent dans les têtes. Pas l’entrefilet de démenti en 5è page.

Bien entendu, les affaires touchent aussi tous les autres partis “traditionnels”, à l’exception provisoire d’Ecolo (parce qu’ayant participé à peu de majorités, avec moins de baronnies, et historiquement soucieux de l’éthique). Et chacun de citer Chastel, Detremmerie, Ducarme, Fournaux.

Pourquoi cet acharnement éthique contre un PS en fin de vie?

1. Incarnée par Elio Di Rupo, la “révolution” éthique tant promise ne semble pas venir. En fait, elle est en cours. On place des Magnette ou des Demotte, aseptisés et technocrates, pour promouvoir les nouvelles “valeurs”, le renouvellement, la refondation, le nouveau visage, les nouvelles lunettes design, le nouveau truc. ON s’inquiète des intercommunales, on complète sa déclaration de mandats, etc. Bref, le grand nettoyage se fait quitte à tirer un peu sur la corde pour éliminer unennemi politique.

Mais sitôt soulevé le tapis où l’on avait pris soin d’y cacher soigneusement la poussière accumulée, celle-ci s’est envolée et éparpillée partout, se révélant au grand jour. Découragé, on laisse donc retomber la poussière jusqu’à ce que les petits bras agités d’un journaliste ne la refassent s’envoler.

2. Ensuite, chaque rédaction, du grand chef au jouraliste stagiaire, en passant par le pigiste, a bien intégré qu’il est plus facile de trouver des problèmes éthiques au PS plutôt qu’à Ecolo, à Charleroi plutôt qu’à Uccle4.

3. Tertio, l’on peut rester songeur à l’idée que nombre de communes wallonnes font ou faisaient analyser leurs comptes par la société de révisorat DC&Co, jadis propriété de Michel Daerden.

4. Enfin, expliquant aussi pourquoi les améliorations passent inaperçues, la population est sans cesse plus exigeante vis-à-vis de l’éthique. On doit s’interroger très sérieusement  sur cette nouvelle motivation politique à l’encontre du PS.

Pourquoi l’éthique ne dérange personne ?

L’éthique, c’est avant tout un débat facile. On mélange tout : corruption active et passive, clientélisme, détournements de fonds (à des fins personnelles ou pas), ou des lois ou des deux, comportements immoraux mais dans le cadre légal, le tout donnant un beau paquet de merde que l’on dénonce en bloc.

Et ce d’autant plus facilement que tout le monde, sans exception, condamne ces actes.

1. Les autres formations politiques parce qu’elles peuvent se targuer d’être un peu plus proches de l’irréprochable que ne l’est le PS.

2. Les médias dominants, parce qu’ils peuvent affirmer leur “travail d’investigation”, leur “indépendance”  et leur rôle de “quatrième pouvoir” à peu de frais. Qu’ils peuvent éditorialiser en faisant feintant se positionner. Tout cela est plus facile à traiter que l’évolution du rapport capital/travail en faveur de ce premier ou les écarts de richesse chaque année grandissants5.

3. Le peuple6, enfin, en particulier les futurs anciens électeurs PS, voire une partie de sa base.
Depuis vingt ans, il est écrasé par un discours qu’il est difficile de confronter à la réalité7, l’arme fatale en cas de doute dans l’isoloir.

Pourquoi le PS dérange tout le monde ou à peu près…

C’est le fameux : sans le PS, ce serait pire. La Sécu serait pire, le chômage serait pire, la droite serait pire, la privatisation serait pire, la crise serait pire.

Or, ça fait vingt ans que la Sécu se fait flinguer (on dit “redresser”), dix ans qu’on fait des cadeaux (on dit “soutien”) aux entreprises sans exiger de contrepartie en matière d’emploi8, dix ans qu’une amnistie fiscale (pensez: encouragement à la fraude) a été instaurée, vingt ans que les contrats de merde : Maribel, Maribel sociaux, ACS, contractuels dans la fonction publique, Rosetta, intérims, CDD successifs, article 60, titres-services, PFI, Activa, SINE, APE, APE jeunes. Vingt ans, donc, que ces “contrats” détruisent tout statut et toute sécurité financière. Trente ans que le taux de chômage ne diminue pas réellement, sauf quand on bousille le thermomètre en ne comptant pas les plus de cinquante ans, les “en formation”, les “en stage d’attente”, les qui ne sont pas “complets indemnisés”. Vingt-cinq ans que les écarts de revenus entre riches et pauvres s’accroissent, que l’argent se déplace de la sueur des travailleurs vers le capital des rentiers. Plus de quinze ans qu’on “consolide” et qu’on “adapte au Marché européen”, aux “normes internationales”, qu’on augmente notre “compétitivité” (pensez : qu’on privatise).

Et vingt ans que le PS est au pouvoir. Que sans lui… ce serait pire.

Quoi !!!?

Sans le PS, il y aurait dix mille chômeurs de plus ? On aurait “moins bien” privatisé ? Contrôlé 2500 chômeurs supplémentaires ? Fermé 300 autres entreprises ? Les salaires auraient été moins élevés ? On entre dans l’hypothétique, dans l’inargumentable. Avec des “Si” on mettrait le capitalisme en bouteille et le PS comme bouchon.

Durant vingt ans, le PS a refusé la critique et la remise en question9. Un exemple récent ? Le silence radio total suite à la grève de trois jours contre la privatisation de la Poste. Mais faut-il entretenir beaucoup d’espoirs à l’égard d’un parti devenu défenseur des plus riches ?

Sans l’éthique ce serait pire ?

Face à cette fin de non-recevoir, la critique générale s’est donc transformée, de même que les personnes porteuses de cette critique. Sous les assauts des discours social-économistes de marché (lisez : capitalistes) alors même qu’ils proviennent des élus et d’un parti  historiquement10 choisi pour le combattre11, la critique a plié. Mais pas cédé.

Parce que le capitalisme NE PEUT PAS rendre heureux les centaines de milliers de chômeurs en Belgique, les centaines de millions dans le monde. Ni le million et demi de personnes vivant sous le seuil de pauvreté en Belgique, le milliard quatre-cents millions dans le monde. Ni les travailleurs pressurés, harcelés, licenciés, suicidés. Le capitalisme tue… Et je ne parle encore que d’économie; pas de mal-être, de dépréciation de soi et des autres, d’éducation et d’enseignement, de culture.

Mais parce qu’il n’est pas impossible ou interdit mais “archaïque”, “désuet”, “dépassé”, “hors sujet” d’évoquer le capitalisme, la critique a suivi les vents dominants. Parce que le PS a gagné12 sur le point fondamental qu’est la transformation de la réalité où toute opposition au capitalisme n’a désormais plus de sens, il se fait attaquer d’une autre manière, qu’il est bien incapable de contrôler : l’éthique.

Pour autant, la défaite du PS aux élections ne générera pas Le Grand Soir (je vous renvoie ici à l’article, que je partage en grande partie, de Un Homme).

Bien au contraire, dénier la nécessité de transformer radicalement la société au profit d’une éthique pis-aller est dangereux. Pendant que l’on songe aux 13.000 euros mensuels de Didier Donfut, on oublie les trente milliards13 de fraude fiscale annuels14, on oublie les intérêts notionnels. On oublie, tout simplement, l’exploitation constante et quotidienne.

Conseil de lecture : La Guerre Des Classes par François RUFIN, Fayard, 2008.

NB : encore plein de fautes de frappe, de raccourcis, etc.

  1. Je ne me base que sur des sondages. C’est sauf bouleversement, donc. Et intuitivement, vu l’ancrage du PS dans les têtes, la chute ne sera peut-être pas aussi sévère qu’annoncée []
  2. Parce que je n’avais pas envie, cette fois, d’éplucher 35 articles du PPA qui n’apporteraient rien de neuf ou de rechercher mes sources de sociologie politique un peu moins dominantes que celles du CEVIPOL []
  3. Dans son ensemble, le pilier “socialiste” est également touché, bien que plus discrètement : SETCa Anvers, SETCa Bruxelles-Hal-Vilvorde, “doubles salaires” aux Mutualités socialistes []
  4. où l’on en trouve pourtant de beaux aussi sur l’organisation de joggings communaux []
  5. Point d’analyse politique, ici : je parle juste de données économiques fondamentales pour comprendre la société et qui ne sont quasi jamais mises en avant []
  6. Oui appelons-le comme ça []
  7. entre autres parce que la réalité n’est plus décrite telle qu’elle est, entre autres parce qu’on la complique aussi inutilement : on parle de complexité, de multitudes, on désincarne la décision pour la mettre aux mains d’un marché, d’une Union Européenne ou d’une mondialisation []
  8. voir par exemple ici. Et je ne vous parle pas de la date du premier cadeau “conditionné” []
  9. Y compris vis-à-vis de sa base qui attend toujours le congrès tant promis d’évaluation de participation au gouvernement fédéral en 2007 []
  10. mais seulement historiquement []
  11. et est encore identifiés comme tel par nombre d’électeurs []
  12. …il n’a pas gagné tout seul, bien entendu []
  13. soit près de 200.000  fois le salaire annuel de Didier Donfut []
  14. http://www.lesoir.be/actualite/economie/la-fraude-fiscale-coute-30-2008-01-31-574684.shtml []

Le Soir et La Libre ou L’aube d’un Diktat (première partie)

Ceci est la première partie, d’un article consacré à la vision des enjeux sur le chômage économique des employés par La Libre Belgique et Le Soir. Mes recherches m’ont ainsi amené à remarquer les deux notices wikipedia consacrées aux deux grands (en termes de lectorat uniquement) quotidiens généralistes francophones de Belgique. sans lien avec le chômage économique, je n’ai pu résister à l’envie de vous présenter ces deux curieuses notices.

Lancé dans un projet en lente gestation d’information indépendante, la fausse objectivité ou impartialité de nos grands médias ne cesse de m’interpeller. Parti du projet de la mise en évidence de la pensée unique dans deux quotidiens  francophones du pays, Le Soir et La Libre Belgique, j’ai débuté mes recherches par un passage vers Wikipedia, pour y trouver quelques références de départ. J’ai été très surpris de constater que les “notices” Wikipedia présentent Le Soir et La Libre Belgique d’une bien curieuse manière.

Pour Le Soir, si ce ne sont les chiffres de tirage et de lectorat, les seules sources utilisées pour la rédaction de la notice sont ce que pense la rédactrice en chef du quotidien. Je vous laisse le soin d’apprécier la force de caractère du Soir telle que présentée par Wikipedia :

Réaffirmée à l’occasion de la sortie de la nouvelle formule, le 15 novembre 2005, la ligne éditoriale du Soir le pose en tant que “quotidien progressiste indépendant”. Il se veut, selon sa rédactrice en chef, Béatrice Delvaux, “contrepouvoir”, “à l’écoute, en phase avec la société”, “populaire, par opposition à un quotidien de l’establishment”. “Le Soir ne sera pas un ventre mou, écrit-elle. Il mènera des combats et sera tranchant, avec la publication chaque jour d’une page donnant son opinion, reposant sur une colonne vertébrale: la poursuite farouche du progrès. Le Soir est progressiste. Résolument, profondément, irrésistiblement. Partisan… du progrès social, politique, économique, farouchement attaché à la volonté de faire bouger la société vers un idéal correspondant aux valeurs du journal”. “Un Soir de combat pour les droits de l’homme et de la femme, le respect de la dignité humaine, la liberté d’expression, la tolérance, la multiculturalité, la différence”. “Le Soir” ne se veut ni de droite ni de gauche: “Nous devons au contraire refuser toutes les étiquettes politiques qui corsètent, embrigadent, mettent des œillères, créent des tabous. Il peut y avoir du conservatisme à gauche et du progrès à droite: c’est notre capacité à le reconnaître le cas échéant, en suivant la seule trame de nos valeurs, qui nous permettra d’être extrêmement libres dans notre travail, d’être justes dans nos exposés des faits et nos analyses, d’êtres crédibles car non inféodés à des organisations (…) ou aux hommes et aux femmes qui les composent”.

Tout ça est très novlangue, tout de même. M’amusant à taper les termes suivants en recherche “belgique” dans google : [ contrepouvoir progressiste "progrès social" "dignité humaine" multiculturalité] je n’ai eu que… trois résultats de recherche. mais un de ceux là était le programme du… Parti Socialiste pour les élections législatives 20071. Troublant.

Pour La Libre Belgique, le référencement est plus amusant. On y retrouve bien sûr les chiffres du CIM pour l’analyse de lectorat et… une source externe décrivant le journal :

La Libre Belgique fut longtemps à forte tendance catholique, avant de s’ouvrir vers d’autres points de vue en 1999. Dans les années 1970, Jean-François Bastin évoque le « phénomène La Libre Belgique », qu’il présente comme un journal à caractère national, catholique, monarchiste, qui fait de la polémique et a quatre cibles privilégiées : les syndicalistes, les gauchistes, les fédéralistes et la RTBF.

Mais qui donc est ce Jean-François Bastin ? L’architecture wikipedia nous fournit un lien immédiat mais il manque de sens puisque ledit Jean-François Bastin est… allez-y cliquez sur ce lien.

Oui, oui, c’est bien lui

En réalité, il est possible que l’auteur de la phrase était soit Max Bastin (issu du Mouvement Ouvrier Chrétien) soit Jean-François Bastin (un réel homonyme, documentariste à la RTBF). Ou encore que le fils ait le même prénom que le père. Ce qui ne change rien à l’erreur.

Autre problème : nous n’avons aucune idée de l’éventuelle vision plus récente de La Libre Belgique. Mais si l’on en croit Jean-Jacques Jespers, professeur de journalisme à l’ULB, On constate aussi une homogénéisation des choix rédactionnels – Le Soir et la Libre Belgique ont le plus souvent la même manchette, sinon le même titre – et une dépolitisation des contenus, l’information politique ayant souvent la réputation d’être ennuyeuse2.

Aaah c’est dommage cette réponse si tranchée de JJJ :-) . Comme pour Le Soir, j’aurais bien lancé une autre petite recherche google. Pour savoir si les mots-clés descriptifs de La Libre Belgique auarient été étiquettés CDH, MR, PS ou Ecolo. Ou bien les 4.

En attendant la suite de ce billet, consacrée à deux éditoriaux sur l’introduction du chômage économique pour les employés, voici quelques références utiles pour savoir ce que “pensent” La Libre et Le Soir.

1.  R. CAMPE, M. DUMON et J.-J. JESPERS, Radioscopie de la presse belge, Verviers, 1975.

2. J.-Fr. DUMONT, B. GREVISSE et G. RINGLET, La presse écrite en Belgique, Diegem, 1998.

3. E. DE BENS, De pers in België. Het verhaal van de Belgische dagbladers. Gisteren, vandag en morgen, Tielt, 1997.

Mieux vaut parfois lire que se fier à Wikipedia, dont les ennuis de fiabilité sont abordés dans un article de l’édition d’avril du Monde Diplomatique.

Conseil musical : il s’agit d’une petite découverte (je ne remercierai jamais assez la médiathèque). Le compilateur et remixeur de ce cd CD est DJ Spooky. Il a édité un album en 2008 ,Sound Unboud, dont le site spécifique est ici. La démarche consiste à méler musique et information. Et d’évoquer le rôle du son et de la musique dans une société basée sur l’information. Dans le sens d’information, il s’agit de passages audio de différents artistes, écrivains, philosophes, ingénieurs du son, etc. L’intégralité n’est pas à écouter attentivement mais plutôt d’une oreille distraite, attirée ponctuellement par un “morceau” ou un autre. C’est ainsi que je vous fais écouter, même si l’album  a plus de valeur d’une traite, une Fanfare Savale qui reprend du Maïakovski ainsi que la dernière plage de l’album ou Iggy Pop lit du William Burroughs. Sonic Youth est également remixé une fois sur ce CD :-) .

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  1. tout de même une brique de 305 pages; contrepouvoir apparaît une fois, progressiste 9 fois, progrès social 4, dignité humaine 5, multiculturel 6 (o occurenes de multiculturalité []
  2. intervention réalisée lors d’un colloque sur les médias en mai 2005 à l’occasion du 175è anniversaire de la Belgique et que l’on peut retrouver en intégralité sur l’ancien portail 175-25 []

Hommage à Freddy

A deux jours du Premier Mai 2008, le bourgmestre PS de Bruxelles, Freddy Thielemans, s’illustrait pitoyablement. Alors que des sans-papiers exerçaient leur droit de manifester, l’édile communal cautionna leur arrestation1 par la police. Pour une personne sans-papiers, sans existence légale2, franchir le pas de la clandestinité individuelle vers une manifestation collective pour obtenir des droits3 représente un acte de courage remarquable. Chaque clandestin sait qu’il s’expose de la sorte à une arrestation, à un passage vers un centre fermé et à l’expulsion. Se faire arrêter est autre chose que 12 heures de détention dans une cellule puant l’urine. Bien souvent, c’est l’assurance de revoir ses bourreaux le pied à peine posé sur le sol de son pays d’origine.

Deux jours plus tard, le bourgmestre bruxellois se faisait copieusement huer au Premier Mai FGTB de la Place Rouppe.

Crédits photos Pierre Capoue http://pierrecapoue.blogspot.com

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Mais en ce Premier Mai, c’est plutôt un hommage que je voudrais rendre à Freddy. Socialiste dans l’âme, membre de la FGTB, affilié aux Mutualités socialistes et encarté avec difficulté au PS, il s’agit pourtant d’un autre Freddy. Mais à un an d’intervalle, il a aussi chamboulé mon Premier Mai.

J’étais aujourd’hui désappointé et déçu des diverses manifestations prévues à Bruxelles pour ce Primo Maggio. D’un côté, un Premier Mai de Lutte4 où l’organisateur principal aux louables objectifs utimes, demeure, c’est désespérément classique, ancré dans une analyse arriérée, et de la société et de sa constituante militante. De l’autre, un Premier mai des sans-papiers dont les initiateurs tiennent une analyse remarquablement juste mais qui évitent soigneusement de… revendiquer quoi que ce soit. Entre les deux, une Fédération Générale du Travail de Belgique qui préfère les concerts Place Rouppe et se refuse à comprendre que l’époque est au combat contre le capitalisme et pour les travailleurs et pas aux concerts bourgeois bohèmes.

Dès lors, autant me balader à vélo sur les chemins de halage en tentant de rejoindre Charleroi. Peut être le Premier Mai y sera-t-il plus dur.

Et me voilà parti pour le Pays noir. Sitôt Hal dépassée, les alentours du canal deviennent plus sauvages et sont paradoxalement les troublants témoins d’une histoire et d’un présent ouvriers.

Je longe les anciennes installations des Forges de Clabecq où, signe des temps, un grutier y débarrasse de la ferraille en ce jour des travailleurs. La veille, le patron de Duferco Clabecq5 annonçait un plan de réorganisation, officiellement sans licenciements secs mais avec des postes de travail en moins. On y croit, tiens.

(JP de 19h de la première radio le 30/04/2009)

Un peu plus loin, à Virginal, se profilent les papeteries Arjo-Wiggins. Elles aussi sont touchées par la crise et les travailleurs sont obligés6 de croire à une reprise. Mais à quel coût  ? Attiré par les alentours de Ronquières, où là aussi on préfère se délasser le Premier Mai. Un peu par hasard finalement, musardant dans le pays à la recherche de côtes à gravir, je me retrouve à l’entrée d’Ittre, un pneu arrière crevé.

Et arrive Freddy. Pull troué de toute part, bleu de travail à la braguette ne fermant plus très bien, chaussettes noires dans des sandales usées du même ton. Il s’occupe sans doute à quelque bricole. Soixante-cinq ans, environ. Un peu rapetassé mais pas courbé sur lui-même, encore trapu. Avec un accent qu’on ne trouve que chez certains travailleurs de la région, un accent qui roule chaleureusement les “r”, qu’on sent remonter du bas de la gorge jusqu’au palais. Il me propose de l’eau fraîche, me parle des cyclistes qui s’arrêtent souvent devant chez lui après la montée. La discussion s’amorce. La pause est salutaire.

Je viens de Bruxelles et suis originaire de l’autre bout du Brabant, lui apprend-je. La géographie nous amène vite à évoquer sa région, aux confins du Brabant-Wallon.
- Là-bas à Ronquières c’est le Hainaut, me dit-il et Virginal est à la limite.
- Ah les papeteries… Les travailleurs ne rigolent pas pour l’instant. Je lui avoue suivre le dossier de loin.

Lui aussi. Je vais à chaque fois au conseil communal. Je ne suis pas sur les listes, hein. Et le problème avec les papeteries c’est qu’elles ne font que du papier autocopiant7. Maintenant qu’il y a les ordinateurs c’est dépassé et ils ne se sont pas adaptés.
- Et avec les Forges en déclin, c’est toute la région trinque.
- J’y ai travaillé aux Forges. Et je suis affilié FGTB depuis 1959. chez les Métallos, hein
- J’y travaille à la FGTB, camarade.
Et de me confesser qu’il ne sait pas pour qui voter, que le PS, ça ne va pas. Après la Californie de José Happart, là. Deux jours de mission parlementaire pour prendre des vacances après. Et en Californie en plus. Il y a bien le PTB, hein, mais…
Que lui dire ?

Ben à gauche il y a d’autres petites listes. Il n’y a pas que le PTB. La LCR est dans une alliance intéressante, par exemple. Et puis, il y a le frère de Roberto D’Orazio qui se présente aussi aux élections européennes sur la liste CAP D’Orazio.
Intéressé, Freddy va y réfléchir à ces petites listes. Satisfaits, on se donne du “camarade”. Notre Premier Mai est sauvé.

Mon vélo, pas encore. On se serre la main. Il s’en va. Je m’attaque au remplacement de la chambre à air.

Retour 10 minutes plus tard.

- Tiens. Voilà une Jupiler. J’en buvais une là devant les informations et je me suis dit que je pouvais bien te donner un rafraîchissement. Et ça  donne de l’énergie. (court silence) Je suis déçu, j’ai regardé le Premier Mai, là. Di Rupo avec son nœud papillon. Et à Jodoigne avec Louis Michel. Rhôô lala. Nulle part on n’a chanté l’Internationale. Sauf à un endroit.
- A Liège ?, je tente.
- A Liège. Eh, je te donne une bière qui vient de là hein! De la bière wallonne.
Je la dégoupille avec plaisir.

- Je vais regarder ça de plus près, les petites listes, c’est intéressant. Di Rupo, je n’y crois pas.
- Ben tiens, il a privatisé Belgacom
- Sans parler de la  Sabena. Dans la région c’est Flahaut. Un gros cou celui-là avec un double menton. Il est partout. Ou bien Michel de Wolf, le sportif. Son affiche est toujours à côté de celle de Flahaut. Mais lui, il est quand même plus à gauche.

Et on a causé, comme ça, sans tenir compte du temps. Partageant la même aversion à l’égard des curés et porteurs de crucifix, ces vieilles ganaches ensoutanées, comme on dit à l’ULB. Parce qu’il y a étudié à Bruxelles : commençant médecine, il a finalement opté pour la physique de la métallurgie. On se resserre la pince, une fois puis deux.

- Tu seras toujours le bienvenu me dit-il en guise d’au revoir.

- Je reviendrai
J’aimerais bien l’avoir pour maïeur, Freddy.

PS :
Cher Freddy, je te transmettrai ces lignes dès que je repasse dans le coin. Je viendrai sans doute avec deux chopes, qui seront moins fraîches que les tiennes après 30 bornes à vélo. Mais c’est l’intention qui compte, comme on dit. C’est que j’ai deux choses à  me faire pardonner, camarade.
D’abord, je dois t’avouer que je vote nul. Le moment n’était pas propice pour te le dire, ton casier de Jupiler y serait passé et je ne sais pas comment j’aurais évité de verser dans l’eau du canal sur le chemin du retour.
C’est que c’est dur d’expliquer sa position à quelqu’un qui a pu voir que le PS (ou plutôt le POB avait un sens) à un moment de son histoire. Rappelle-toi, nous avons aussi parlé de la grève contre la loi unique et tu as sûrement vécu une partie de la guerre scolaire et de la Question royale. Et le PC aussi avait du sens à cette époque.
Je voudrais te dire, camarade, que le suffrage universel nous a été confisqué. Que nous votons mais que nos élus appartiennent à une “élite”, les guillemets s’imposent, qui  sous couvert de beaux discours et de caresses dans le sens du poil a accepté le capitalisme depuis longtemps. Et en profite. Et que les petites listes n’ont pas beaucoup d’autre ambition que de symboliser un sursaut, un mouvement protestataire. Mais pas de renverser le pouvoir en place pour le socialisme. Voilà c’est très vite dit. Mais j’espère que nous aurons l’occasion d’en recauser un jour.
Mais, camarade, quel que soit ton choix, je ne peux que le respecter. Tant au fond de toi qu’à l’extérieur, tu as le cœur à gauche et tu continueras à te battre. Moi aussi je lutterai.
A bientôt.

Enfin, j’ai l’habitude de boire de la Maes. Mais ne t’en fais pas: la Jup’ me convient très bien aussi.

PPS : je lirai Jacques Monod, et Le hasard et la nécessité

Conseil musical : Miossec, pour ce que ni lui ni moi ne voulons devenir avec On était tellement de gauche


  1. Malgré les promesses politiques de ne pas procéder à l’arrestation de personnes exerçant leurs droits constitutionnels, http://www.mrax.be/article.php3?id_article=604 []
  2. comme si on pouvait légaliser l’existence []
  3. à l’existence, précisément; au travail et à la sécurité sociale; à la fin de la peur et de la précarité []
  4. d’où se sont finalement retirées de nombreuses organisations []
  5. le nouveau nom des Forges []
  6. http://www.lalibre.be/actu/brabant/article/488038/quel-avenir-pour-arjowiggins.html []
  7. une sorte de papier carbone []

Images fasci – N/S – antes

Je sais pas vous, mais moi je la trouve bizarre cette publicité en faveur de la journée propreté. Bon, la journée propreté c’est encore une initiative positive1, dixit Karine Lalieux2, échevine de la propreté à Bruxelles,  où chacun fait un petit geste pour la propreté (chacun ramasse une action Fortis et la met dans un petit sac, par exemple).

Et puis, il y a aussi un concept… d’ambassadeur de la propreté. J’imagine déjà la motocrotte avec chauffeur, au parebrise teinté et munie de ses deux petits fanions aux couleurs du pays de son VRP.

Mais ce qui m’a choqué,  c’est l’aspect facho de la pub. Vous avez déjà vu des balais pointés vers le haut, vous ?

Moi oui, mais pas pour nettoyer les crasses. Plutôt pour karchériser la racaille façon Sarkozy. Bref, moi ça me rappelle furieusement les fachos. Particulièrement Degrelle3. Et le Vlaams Blok4.

C’est également une scène terriblement anonyme : la personne tenant  (fermement) sa brosse est coupée à hauteur du visage. Aucun élément ne personnalise donc la scène. On aurait une personne clairement identifiée, avec un “petit noir” :-) derrière que je n’aurais jamais réagi et écrit ce billet.

Par contre, extrême-droite et anonymat ont toujours fait bon… ménage. Chaque peureux, chaque renfrogné, électeur potentiel, peut se retrouver dans cette envie de donner un grand, très grand5, coup de balai, d’avoir enfin le courage de… mais n’est pas obligé de réaliser la scène lui-même, il doit juste la fantasmer comme un avenir possible et proche et, lui l’anonyme, voter facho pour qu’un grand leader lui donne le pouvoir d’oeuvrer au nettoyage tant rêvé (me suis-je fait comprendre ou pas ?).

Aaah l’iconographie d’extrême-droite au service du nettoyage. Ou la volonté d’efficacité publicitaire au service du fascisme ?

PS : à noter encore :  la personne qui tient le balai… est très probablement une femme (hanches, naissance des seins, etc.).

Conseil musical : Les sambassadeurs, Serge Gainsbourg

  1. http://www.lesoir.be/regions/bruxelles/donner-un-coupde-balai-en-2009-03-11-695131.shtmlou []
  2. Dont on constatera la ferme et résolue idéologie politique ici : http://www.karinelalieux.be/Elections-regionales-2009-pourquoi-je-suis-candidate_a525.html. Allez, cela vaut bien ce genre de discours généré automatiquement : http://g.langue.de.bois.free.fr/politique/discours.php []
  3. voir ici, par exemple : http://www.rtbf.be/info/societe/divers/rex-et-le-rexisme-3-la-victoire-de-1936-84162 []
  4. Pour une référence à l’usage du balai par le Vlaams Blok : http://www.monde-diplomatique.fr/1995/05/CARLANDER/1444 []
  5. à l’image de l’affiche trimbalée par camion publicitaire : c’était un beau 20m2 []

Les gauches unis

Aujourd’hui fut une journée rigolote.

Il y avait un je ne sais quoi de terriblement gauche et maladroit dans l’air.

D’abord avec Ségolène, dont les partisans menaçaient de manifester aujourd’hui. Non pas que la France ait remporté une deuxième fois la Coupe du Monde de football (parce que c’est bien la probabilité la plus élevée de les y voir); non pas que la crise économique frappe à la porte tel un huissier armé d’un avis de saisie du mobilier de chez Casa; non pas que les restrictions des libertés fondamentales menacent tels des juristes de Clearstream ou des policiers vichyssois; non pas que l’hypermédiatisation du nanoprésident, la répression dans les banlieues, la fascisation des esprits, les attaques du patronat,…. Non, non! il fallait manifester devant le PS pour faire revoter. Ego-lène victime d’une infamie, d’une injustice et plaidant pour plus de transparence. Aaah du beau spectacle.

Moi, j’aime bien me  réveiller avec des nouvelles comme ça. Toutes nues. Qui lèvent un coin du voile bien pudique de notre particratie.

Mais elle en a encore pour longtemps la particratie.

Parce qu’après avoir bien rigolé durant toute ma journée de travail, j’ai découvert en rentrant que l’émission de La Première radio Face à l’Info était consacrée à : La gauche européenne se recompose ? (que je vous mets en conseil très… musical). Et au lu du titre, nul ne pouvait prévoir qu’ils parleraient… des blogs. N’importe quoi.  Mais le plus amusant fut sans doute d’apprendre quels étaient les grands débatteurs prévus. Si ce n’est le fait que Pierre Eyben y avait sa place, écouter ce calottin-PS de Gregor Chapelle avait de quoi surprendre, surtout en ce jour de marche blanche pour sauver le Parti Socialiste français et la transparence du vote. Entre autres parce que l’intéressé s’est aussi bien perdu dans les déchirements entre tendances à la Fédération des Etudiants Francophones (voir surtout la page 25 de ce document pdf), ou encore qu’il évoque le renouveau dans un bouquin préfacé par Laurette Onkelinx. Je vous laisse le plaisir de prendre connaissance de l’émission et vous la place en bas de ce blog. Elle est également disponible via le podcast de La Première.

Moi j’aime bien me coucher en rigolant.

Et je ne vous parle pas de la diffusion prévue d’un tract tout aussi décalé du Bloc Marxiste-Léniste aux travailleurs en grève devant les portes d’UCB :-) . Je dormirai bien cette nuit.

Le vrai débat, le faux dilemme

Adepte de l’humour lourd bien le bonjour.

Il y a quelques semaines déjà que se développe sur une partie de la micro-toile bruxelloise (voir chez cAt et chez Un Homme à poilThe new concept : le vrai débat de quand on est de gauche.

Doit-on choisir entre chips croky’s et lays, maes et jupiler, standard et anderlecht, art ou charcutaille.

Moi aussi je m’y mets

Voici donc le vrai débat de gauche, le vrai débat parlementaire et le faux référendum populaire. Faut-il donc ne pas choisir entre…

voter pour la droite…

ou…?

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…voter pour la droite.

En d’autres termes :

- pour la Constitution européenne ou pour la Constitution européenne ? Un oui tout court ou un oui de combat ?
- pour les méthodes particulières d’enquête et de recherche ou pour les méthodes particulières d’enquête et de recherche ? Ben oui, Ecolo a aussi voté en faveur de ces lois pseudo-antiterrorissss mais vraiment liberticides. Voir la page 60 du compte-rendu intégral de la séance de la Chambre des représentants du 20 juillet 2002.

Conseil musical : Les Ludwig Von 88* et cassage de burnes (à ne pas confondre avec Bourrage des urnes) A bas les dictateurs, à bas les démocrates!!!

* Leur site bien qu’en reconstruction fourmille de brols de tout type.

PS dans l’opposition : La Première radio a compris… pas Di Rupo

Lundi jour de congé (vive les 35 heures) j’écoute les nouvelles sur La Première radio. On parle beaucoup de commission de “réconciliation nationale” et de ce genre de choses. Des vrais problèmes, quoi ;-)

Di Rupo réagit en direct aux propos d’un grrrrrrrand réconciliateur, Armand De Decker. Et dit des conneries. Aussi grosses que des muscles d’ancien judoka dopé au populisme. Clairement Di Rupo fait dans la gonflette au ras des pâquerettes. Et le journaliste, Georges Lauwerijs, fera son boulot (même si l’interview du président du PS durera tout de même 4 minutes) : question, relances, demandes critiques d’éclaircissements, temps nécessaire à Di Rupo pour s’exprimer, etc.

Phase 1 : intro. Di Rupo explique et demande qu’on “lave l’humiliation” faite aux francophones. L’expression fait immédiatement penser à laver l’humiliation (ou l’affront)… dans le sang. Elle est très violente et est utilisée à tire la rigot depuis le vote en Commission de la Chambre.

Phase 2 : Le journaliste demande quel geste devraient réaliser les Flamands. C’est simple, ils doivent revenir sur leur vote.

Phase 3 : Le journaliste s’interroge tout de même sur le réalisme de la proposition de Di Rupo, l’interrompt un peu plus tard et le remercie (dans les… deux sens du termes). Juste avant le bureau hebdomadaire du PS, j’espère que cela aura au moins fait ricaner un minimum.

- la déférence vis-à-vis de Di Rupo, c’est terminé;

- Di Rupo ne le sait pas encore, mais il est à présent dans l’opposition

Tout le JP de lundi est téléchargeable cette semaine à cette adresse.

Jean-Pierre Président !!!

La nouvelle est d’importance : le 11 juillet après la fête flamande, on pourra encore rigoler dans la soirée avec le folklore socialiste communautaire

BRUXELLES 27/06 (BELGA) = L’ancien député permanent PS
Jean-Pierre De Clercq a annoncé mercredi qu’il posait sa candidature à la
présidence du PS.
Dans sa lettre de candidature, il précise notamment qu’il réunit
les conditions requises étant membre du Comité fédéral de Charleroi et
membre du PS depuis le 21 mars 1968. Il ajoute qu’il s’engage à respecter
les statuts du parti, le règlement électoral élaboré et adopté par le
Collège des secrétaires fédéraux, la Charte du militant et la Charte du
mandataire.

Bon dans les éventuels commentaires plus bas, je vous suggère de mentionner les soutiens potentiels à la candidature de De Clercq, tiens.

Ne manque plus qu’à demander la réhabilitation de Willy Burgeon.

Allez, je crée un comité de soutien ce week-end :-)

<EDIT> Arf, j’oubliais le conseil musical. Je me souviens vous avoir parlé de Kent (ex de Starshooter, groupe rock français des années septante, préfigurant le rock alternatif).

Voici donc un morceau tout à fait approprié à Jean-Pierre : Les vraies gens

</EDIT>

Le PS aussi aime les riches

Sont marrants les jeunes socialistes. Mais un peu bêtes. Et très carnassiers. En fait, ils ne sont finalement pas si amusants que ça.

Hier soir, passablement éméché, je me retrouve avec quelques camarades, des authentiques ceux-là, à une soirée organisée par trois jeunes candidats socialistes au Sénat. On dira que j’y suis allé à l’insu de mon plein gré et que quelques vagues promesses de tournées générales et autres m’ont fait atterrir à cet endroit (et heureusement : chez les JS on boit… de la Heineken et elle est à trois euros).

Joints et bières aidant, je commence à discuter avec un de ces ambitieux jeunes requins et me présente très sérieusement comme indépendant vendeur et fabriquant de peintures biologiques. Me demandez pas pourquoi, c’est venu tout seul.

Jeune socialiste : “Et tu vends ça à qui ?

Moi : – Ben y a plein de bobos qui aiment bien ça, ce sont des pigments naturels, y a pas de plomb dedans. Ca marche très bien.

- …

- Et ma situation n’est pas facile. Je travaille tout le temps et j’ai un salarié mi-temps. ‘fin mi-temps. Un mi temps déclaré et un autre mi-temps en black, quoi. Ben oui, j’ai beaucoup trop de charges, ça coûte super cher. Moi je peux pas me permettre, hein. Il fait quoi le PS pour ça ? Parce que Didier Reynders, lui, il a promis des réductions de charges. Et je pense que je vais voter MR.

- Ah mais nous aussi, on fait des réductions de charges. Et tu vois, le MR il te défend pas vraiment.

- Ah il défend pas les patrons le MR ?

- Si mais juste les gros. Les gros patrons. Tu ne vas rien y gagner en votant pout lui. Nous on s’occupe des petits. Et d’ailleurs, si tu est un petit indépendant tu as 5 ans sans charges (sic*) patronales par employé.

- Quoi 5 ans ? Et pas d’ONSS à payer, rien du tout ?

- Non, non, rien. Et après cinq ans, tu engages un deuxième salarié et tu as de nouveau 5 ans sans charges.

- 10 ans ?? Ah ça c’est vraiment génial.

- Oui hein! Eh bien tu retiens bien mon nom, je m’appelle Az-Dine Aouragh, je suis candidat au Sénat.”Et de me tendre sa petite carte.

J’ai vérifié dans le programme du PS : tout ce qu’on y trouve c’est une exemption de cotisations sociales patronales pour deux employés pendant 5 ans mais uniquement dans le cadre de la création d’une nouvelle entreprise. C’est l’idée de Bayrou. Rien à voir avec le baratin qu’on ma servi plus haut. A la limite, Az-Dine Aouragh me suggère involontairement de me foutre en faillite virtuelle après cinq ans pour relancer le droit à l’exemption de cotisations.

Le prochain que je croise, me dis-je aujourd’hui, je me présenterai à lui comme un jeune entrepreneur en construction, obligé d’engager 8 ouvriers totalement en noir. Je voudrais bien régulariser ma situation parce que tous mes amis disent que je suis un négrier de la construction mais c’est pas vrai. Je les paye bien mes sans papiers, moi. Et puis j’ai pas le choix.

<EDIT>* Charge étant d’un poids difficilement supportable, ce terme idéologique n’a pas d’existence légale. On emploiera de préférence, mais le PS ne le comprend pas toujours, ni Ecolo d’ailleurs, le terme officiel cotisation (sociale) patronale </EDIT>

Conseil musical : Alien Bitezise avec F.Y.I.

Et vous ne vous en doutez peut-être pas, mais c’est de l’impro, le morceau que vous écoutez