d-homme-age collatéral

(attention c’est très long)

Via le “le saviez-vous” de Un homme, j’ai pu prendre connaissance de quelques réflexions concernant l’état des lieux de l’égalité des genres. Son billet renvoie en effet à quelques réflexions consacrées sur le blog de François Schreuer à la tenue du congrès “paroles d’hommes” et à sa contestation.

1. De quoi s’agit-il ?

Pour résumer, l’auteur débute par les critiques de féministes à l’encontre de ce congrès pour ensuite s’interroger a priori légitimement sur d’éventuelles discriminations à l’encontre des hommes.

En particulier, dit il, et même si nous restons les héritiers d’une civilisation marquée par la domination masculine, je pense qu’il est temps de comprendre (je souligne) que les inégalités de genre ne se font pas toutes au détriment des femmes. Pourquoi les garçons réussissent-ils moins bien à l’école ? Parce qu’ils sont moins intelligents ou parce que le système scolaire les discrimine ? Pourquoi la garde des enfants en cas de divorce va-t-elle plus souvent à la mère qu’au père ? Parce que les hommes sont moins capables que les femmes de s’occuper des enfants ou parce que la paternité conserve une reconnaissance inférieure à la maternité ? Pourquoi y a-t-il une proportion tellement démesurée d’hommes en prisons (8 891 sur 9 279 en 2004 en Belgique) ? Parce que les hommes sont tous des criminels en puissance ou parce que certains d’entre eux restent enfermés dans des schémas culturels valorisant la violence comme mode de résolution des conflits ou comme expression de soi ?

Et de conclure que ces inégalités ne peuvent être ignorées et qu’à ce titre la promotion du masculinisme lui

semble dans l’absolu plutôt (prudence, prudence) une bonne chose, pour autant qu’il se conçoive comme complémentaire et non hostile (ce qui n’aurait aucun sens) au féminisme, pour autant qu’il cherche à remettre en question les identités de genre qui sont souvent trop statiques.

2. Et pourquoi pas ?

Et c’est vrai que d’un premier abord, ces discriminations doivent être combattues, pense-je. Mais, parce qu’il y a en a bien entendu un, de mais, ce type de réflexion me laisse toujours et immédiatement perplexe. Comme un goût métallique dans la bouche dont on ne connaît pas l’origine.

Quelque chose ne va pas. Ce n’est pas la position en elle-même (quoique… j’y reviendrai plus bas) mais plutôt un manque. Comme lorsque Ingrid Bétancourt dénonce les FARC, comme lorsque des militants demandent, lors de l’organisation d’une manifestation contre l’impérialisme américain, particulièrement en Afghanistan, en Palestine, en Irak que l’on se positionne aussi contre l’impérialisme russe en Tchétchénie. Ces positions sont rigoureusement exactes. Seuls quelques indices sémantiques, quelques formulations me signalent un potentiel désaccord. Mais peut-être n’appartenons-nous pas aux mêmes cercles politique et militants.

3. Mais en fait non.

3.1. Comment ça non ?

Peut-on refuser la grandeur d’âme, le courage d’Ingrid Bétancourt face à ces minables marxistes reconvertis en dealers à grande échelle qui étouffent par ailleurs nos enfants de chnouffe. Etre favorable à la guerre en Tchétchénie menée par ces ignobles soldats russes et commanditée par l’infâme Vladimir Poutine, ancien membre du sinistre KGB et, hélas trois fois hélas, digne successeur des anciens dirigeants de l’URSS, ce régime… totalitaire (certains comprendront les points de suspension).

D’une idée en apparence généreuse on dérive facilement vers des conclusions instinctives et imaginaires. Ainsi on sous-entendra ou mieux on fera sous-entendre que la domination masculine n’est plus ou est en voie de disparition, pour en fait totalement l’occulter et de ce fait mieux l’appliquer. C’est ce qu’il apparaît notamment dans un des commentaires sur le blog de François Schreuer :

dès le moment où l’obligation scolaire concerne autant les femmes que les hommes et dès le moment ou on a imposé la parité sur les listes électorales, OUI, les femmes ont l’égalité politique (commentaire par Andros).

Et encore, nous sommes sur un blog à publicité restreinte, et ne tolérant pas les vulgarités ou les commentaires non-pertinents. Voyez plutôt les  réactions à la suite de la publication d’un article de Libération.

3.2. Mais oui, toujours non. Et surtout pour ça

A l’instar de la carence d’infos sur l’histoire de la Colombie, ses paramilitaires, sa guerre civile son inféodation aux Etats-Unis de même que l’omission du déclin de la Russie, de l’hyper-domination états-unienne, de leur lutte, de notre appartenance au monde occidental, de la symbolique du conflit palestinien… bon sang! Mais c’est bien sûr! Où avais-je la tête (à moins qu’on aie tout pour que je ne l’aie pas) ?, ce qu’il manque, c’est le contexte. L’information est isolée. On ne me ment pas, on me fait ignorer! Volontairement ou non, c’est bien plus insidieux.

Nulle part dans le billet il n’est fait mention de l’inégalité vécue au quotidien par les femmes, ce que rappelle entre autres Un Homme via leurs conditions salariales, cAt via leur représentation politique formelle. L’auteur notera cependant dans ses réactions aux commentaires que la violence faite aux femmes est “infiniment” plus importante que celle faite aux hommes. Ouf! Notons que selon Amnesty, un ménage belge sur trois connaît dans son entourage des cas graves de violences conjugales, selon une étude menée par Amnesty International en Belgique et que Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 70 p. cent des femmes victimes d’homicide ont été tuées par leur compagnon. Qu’on ne vienne pas dire qu’un homme qui se fait battre a beaucoup plus de mal à le dire et à le faire accepter qu’une femme ce qui peut conduire à biaiser les statistiques (commentaire d’Andros sur le site de FS). Ah mais oui! J’oubliais. Les hommes ne déclarent jamais eux-mêmes leur décès :-) .

3.3. Une autre arme, la minimisation

Par ailleurs divers essais subjectifs tendent à minimiser la question de l’égalité en en faisant une question de générations. Les hommes de cinquante ans seraient plus machistes que les plus jeunes, justifiant ainsi que l’on commence à se préoccuper également des problèmes des hommes. C’est sans doute aller vite en besogne  comme l’atteste cet article sur la persistance du “plafond de verre”,  ou ce rapport-ci consacré à l’accès des filles aux filières scientifiques et techniques (voir la conclusion p.103) et encore cette interview exposant les liens entre crise économique et perte d’emploi pour les femmes.

4. Reçu ?

Néanmoins l’auteur tentera, à nouveau via commentaires, de rattraper le coup sans se déjuger.

Je ne pense [pas] que la domination masculine a totalement disparu (sic), loin de là. Donc, il me semble évident que les femmes sont, en moyenne, largement plus victimes de discriminations sexistes que les hommes (et le cas de la violence conjugale est à cet égard paroxystique). Simplement, je pense qu’il est méthodologiquement problématique de postuler que toutes les dominations de genre vont toujours à sens unique.

5. Ou collé ? Et de revenir à trois questions :

- Pourquoi les garçons réussissent-ils moins bien à l’école que les filles?

- Pourquoi les hommes sont-ils sur-représentés en milieu carcéral ?

- Pourquoi la garde parentale est-elle confiée majoritairement à la mère?

Nous demande François

Je répondrais globalement par le fait ce sont précisément la vision stéréotypée et la concrétisation de ce stéréotype, les deux s’influençant, de la femme douce, docile, au foyer opposée à l’homme viril, réactif, ramenant l’argent qui mènent à cette situation plus confortable pour les femmes dans quelques rares domaines.

Je noterais aussi qu’au-delà d’une domination masculine sexuée “les hommes dominent / les femmes se soumettent”, ces codes de domination peuvent aussi dépasser le genre. Par exemple si la femme est confrontée à la nécessité de trouver seule un revenu. Et de se demander si ces codes de domination masculine ne sont pas transcendés par les codes de domination capitaliste (mais j’ai déjà suffisamment disserté).

A lire le court rapport de Prisons de Femmes en Europe sur la situation carcérale en Grande-Bretagne, pays ayant connu une dégradation économique sévère, les femmes ne sont plus autant à l’abri de la prison. Mais la situation est loin d’être généralisée. Voir ici pour une explication plus globalisante.

Concernant la réussite scolaire, je mentionnerais à nouveau le rapport Newtonia (p.43), évoqué plus haut : 

Pour les filles, on peut se demander si une réorientation « ascendante » n’est pas encore plus rare que pour les garçons, et une réorientation « descendante » plus fréquente. Ceci semble confirmé par le fait qu’elles sont plus souvent « à l’heure » que les garçons (voir tableau 1). Cette différence pourrait être due au fait que les filles « s’autocensurent » plus que les garçons. Plusieurs professeurs ont évoqué cette différence d’auto-évaluation entre filles et garçons, rejoignant les travaux de chercheurs présentés plus haut : les garçons « se lancent » volontiers, même lorsqu’ils ne sont pas sûrs d’eux, alors que les filles « sont plus lucides » et « s’auto-évaluent mieux ». Mais cette attitude leur porte en fin de compte probablement préjudice, dans la mesure où elles ne s’autorisent à accéder aux sections de maths fortes que si elles ont d’excellentes moyennes.

Voir aussi un article dans la revue du Secrétariat général de l’enseignement catholique.

Enfin, on peut se poser des questions sur la garde parentale à la lueur de cet article*. Avec une précaution toutefois : le Canada a développé tardivement mais très virulemment un arsenal législatif visant à réduire les inégalités de genre. Cela ne peut qu’avoir un impact.

* Et je voulais terminer ce petit “examen” par un article de synthèse sur les masculinistes.

6. Pour le plaisir

Je vous renvoie à une belle citation de Pierre Bourdieu, auteur qu’un des commentateurs a cité sur le blog de FS.

Eh oui, je suis en train de lire La domination masculine (pp 39-40 paru chez Points, un peu plus de six euros).

Si l’idée que la définition sociale du corps, et tout spécialement des organes sexuels, est le produit d’un travail social de construction est devenue tout à fait banale, pour avoir été défendue par toute la tradition anthropologique, le mécanisme de l’inversion de la relation entre les cause et les effets que j’essaie de démonter ici, et par lequel est opérée la naturalisation de cette construction sociale, n’a pas été, il me semble, complètement décrit. Le paradoxe est en effet que ce sont les différences visibles entre le corps féminin et le  corps masculin qui, étant perçues et construites selon les schèmes pratiques de la vision androcentrique, deviennent le garant le plus parfaitement indiscutable de significations et de valeurs qui sont en accord avec les principes de cette vision : ce n’est pas le phallus (ou son absence) qui est le fondement de cette vision du monde, mais c’est cette vision du monde qui, étant organisée selon la division en genres relationnels, masculin et féminin, peut instituer le phallus, constitué en symbole de la virilité, du point d’honneur (…) proprement masculin, et la différence entre les corps biologiques en fondements objectifs de la différence entre les sexes, au sens de genres construits comme deux essences sociales hiérarchisées. Loin que les nécessités de la reproduction biologique déterminent l’organisation symbolique de la division sexuelle du travail et, de proche en proche, de tout l’ordre naturel et social, c’est une construction arbitraire du biologique, et en particulier du corps, masculin et féminin, de ses usages et de ses fonctions, notamment dans la reproduction biologique, qui donne un fondement en apparence naturel à la vision androcentrique de la division du travail sexuel et de la division sexuelle du travail et, par là, de tout le cosmos. La force particulière de la sociodicée masculine lui vient de ce qu’elle cumule et condense deux opérations : elle légitime une relation de domination en l’inscrivant dans une nature biologique qui est elle-même une construction sociale naturalisée.

conseil musical : Les Doors et L.A. Woman
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La solidarité notre âme

info du 07 juillet 18h
Tant Jean-François Legros que Bertrand Sassoye n’ont jamais enfreint les règles leur liberté conditionnelle.
Jean-François Legros devrait sortir entre mercredi et samedi.
Le Parquet fédéral se prend deux vestes via le Tribunal d’Application des Peines.
Reste dans l’immédiat à obtenir la libération de Bertrand Sassoye (pour la prochaine Chambre du Conseil)

Texte écrit le lendemain de la manifestation du 21 juin, moment où Abdallah, Bertrand, Constant, Jean-François et Wahoub étaient encore tous les cinq en prison.

Cinq de mes camarades et amis sont en prison. Depuis le 5 juin. Motif : terrorisme. Ça c’est pour la loi, fascisante. Pour beaucoup, et ils sont de plus en plus nombreux, le “terrorisme” n’est qu’une façade politico-juridique permettant d’interdire toute remise en question d’un Etat répressif, protecteur de quelques riches exclusivement.

Hier, nous étions quatre cents à soutenir nos camarades. Comme jamais. Cette expression de solidarité, je la connais particulièrement avec les membres du Secours Rouge depuis deux semaines. Mais hier, nous étions bien plus nombreux. Rien que ça, ça réchauffe. On ne se sent pas seuls. On se dit qu’on a raison, que notre combat est juste. Que si des gens de tous horizons viennent ainsi demander leur libération, maintenant, pour tous les cinq… il y a de l’espoir.
Hier ce n’était pas une manifestation pour le pouvoir d’achat ou contre la guerre en Irak. C’était pas un machin officiel où, bien que convaincu, les considérations tactiques et les “comment”, prennent le pas sur le “pourquoi” : il faut être en nombre, être vu par tel ou tel groupe, montrer notre force, le tract doit être constellé de messages à l’intention des autres organisations de gauche radicale. Et de polémiquer sur de l’utile plutôt que de l’essentiel. Point de ça ici. Cocos, stal, trosk et maos, anars et anars pas anars, socialos, définis citoyens du monde, d’Europe, de Saint-Gilles, droitsdel’hommistes, je m’en foutistes, les amis, la famille, les collègues, … tous ensemble pour la même chose.

Une atmosphère s’installe, silencieuse entre les prisons, seulement ponctuée de: “tiens tu es là aussi, toi”; hurlante et vibrante devant chacune des portes de Saint-Gilles, Berkendael et Forest : la foule s’y masse, regroupée en cercle derrière les banderoles. Et les voix se lèvent : cris contrôlés, puis voix émues, fortes : Abdel! Constant! Wahoub! Bertrand! Vos camarades sont là! Les mains se frappent en cœur, les gueulophones actionnent leurs sirènes. Deux minutes passent. Puis cinq. Pause, et lecture de communiqués de soutien, internationaux ou belges, témoignages de sympathie transmis de par les murs. On reprend son souffle, une flûte aux sonorités orientales se fait entendre. Abdel! Constant! Wahoub! Bertrand! Vos camarades sont là!

Dans cette manifestation rendant “visite” à chacun des quatre (Jean-François est incarcéré à Verviers), il y avait quelque chose de très défini : puissant, profondément, intensément humain… mais si difficilement descriptible : c’est un cri de solidarité, le plus fort que j’aie jamais ressenti*. Se rendre compte que les gens présents ne lâcheront pas la moindre parcelle de leur conscience, de leur courage, de leur force face à la machinerie “anti-terroriste”.

Ils sortiront!

* seuls moments comparables les actions pour les travailleurs des Forges de Clabecq.

Conseil musical : Bandiera rossa, (version communiste, bien entendu. Mais de deux types) :
classique

punk :

5 – 3 = 2

Je n’ai malheureusement pas encore de photos des quatre autres à leur libération (survenue ou, espérons-le, prochaine). Et j’aime beaucoup celle-là, 15 minutes après sa sortie.

Bon : la photo n’est pas en copyleft cette fois-ci