Le Soir et La Libre ou L’aube d’un Diktat (deuxième partie)

Après avoir quelque peu bifurqué vers les notices wikipedia, j’en viens finalement au sujet initial : la vision des enjeux du chômage temporaire des employés pour Le Soir et La Libre Belgique.

Si vous en savez assez sur le chômage temporaire 1, vous pouvez directement aller au point 2, objet du billet.

1. Le chômage temporaire : les enjeux

A. Au centre des différences de statuts entre ouvriers et employés

L’enjeu du chômage temporaire pour les employés est en fait un concentré d’autres enjeux et de rapports de force entre syndicats et patronat concernant le statut des ouvrier et des employés2.

Officiellement, le statut d’ouvrier est rattaché à un travail constitué majoritairement de tâches manuelles, le statut d’employé à une majorité de tâches intellectuelles. En pratique, cette distinction selon le type de travail perd de sa pertinence au fil des ans : les travaux manuels nécessitent de plus en plus de maîtrise intellectuelle pour pouvoir être exercés : qu’il s’agisse de formation préparatoire ou continue ou bien d’aptitudes intellectuelles lors de la tâche : un maçon doit pouvoir comprendre un plan, un opérateur en salle de contrôle est devant un écran toute la journée.

Schématiquement, ces différences sont les suivantes :

  1. Les ouvriers ont des délais de préavis  plus courts que ceux des employés. Ils peuvent être licenciés plus rapidement (et peuvent démissionner plus facilement). Les indemnités qui leur sont versées en cas de licenciement sont donc moins élevées. Cela joue beaucoup lors des restructurations.
  2. Les ouvriers ont des périodes d’essais plus courtes que celles des employés.
  3. Les ouvriers connaissent peu d’évolution salariale lors de leur carrière3, tandis que les employés ont ce qu’on appelle une évolution barémique : en fonction de l’âge4 ou de l’ancienneté, leur salaire est augmenté automatiquement.
  4. Enfin, le chômage temporaire (voir point B) n’existe pour les employés qu’en cas de force majeure. Il peut être appliqué bien plus facilement pour les ouvriers.

Depuis bientôt dix ans, les interlocuteurs sociaux, patronat et syndicats, négocient pour harmoniser ces statuts. Simple en apparence, cette harmonisation cache en réalité des volontés patronales de dévaloriser le statut d’employé, particulièrement en harmonisant vers le  bas les délais de préavis en cas de licenciement. Ben oui : virer un employé à moindre coût fait partie des plus ardents désirs patronaux. Un autre objectif patronal consiste aussi à introduire le chômage temporaire pour les employés.

Un bon résumé de ces débats se trouve ici : http://www.far.be/far/publications2007/160507.pdf
. Je m’en suis largement inspiré.

B. Le chômage temporaire

Le chômage temporaire consiste :

  1. A mettre les travailleurs au chômage pendant une période définie et en leur versant (un petit) complément à l’allocation de chômage.
  2. A garantir leur emploi et leur retour au travail après le retour à la normale (c’est qu’il est moins cher de reprendre un travailleur déjà formé à son outil plutôt que de financer la formation d’un débutant).

Beaucoup d’entreprises ont recours à ce système sans avoir pour autant de bonnes raisons.

Bien  souvent, des entreprises mettent des ouvriers en chômage économique pour diminuer la production et maintenir ainsi des prix à la hausse. Par exemple, la vente d’engrais est faible durant l’hiver. La production sera donc diminuée pour maintenir des prix élevés. Les travailleurs sont donc les premières victimes de la politique économique de l’entreprise.

En ce qui concerne le chômage temporaire, les patrons menaçaient5 de licencier si l’on n’introduisait pas le chômage temporaire pour les employés.

Ils ont donc saisi au vol l’opportunité de la crise économique pour demander un avantage sans tenir compte des autres différences de statut.

2. Qu’en disent les médias ?

Saint Bernard Demonty versus Saint-Michel Konen

Le 30 avril paraissaient deux éditoriaux6  sur le chômage temporaire. Le premier était rédigé par Michel Konen, dans La Libre Belgique 7 le deuxième était l’œuvre de Bernard Demonty, dans Le Soir8.

Premier élément intéressant, aucun des éditorialistes ne reprend le débat dans sa globalité9. La négociation du Groupe des dix10 n’est pas abordée une seule fois.

Deuxième élément : le chômage temporaire pour les employés est la solution pour éviter les licenciements. Outil de flexibilité à “visage humain” pour Michel Konen, avancée permettant d’éviter les licenciements pour Bernard  Demonty.

Mais le plus curieux est sans doute la structuration identique de ces deux éditoriaux. Tant le journaliste du Soir que celui de La Libre veulent présenter les parties en présence de manière neutre. En fait c’est eux qu’ils veulent situer eux de façon neutre11. Demonty et Konen placent donc les interlocuteurs dos à dos, que ce soit pour des enjeux économiques mais aussi politiques et donc idéologiques (Konen) ou parce que les arguments (…) des employeurs et des syndicats provoquent un désagréable sentiment d’abus de crise (Demonty).

Mais si l’on prend la peine d’aller jusqu’à leurs conclusions (j’ai dû me forcer), nos braves gardiens de la neutralité journalistique se laissent aller à leurs penchants patronaux en nous prenant par les sentiments. C’est que l’on voit pourtant, aujourd’hui déjà, des entreprises, en particulier des PME, prises à la gorge par la chute des commandes(…) (Konen) . Pendant ce temps chez Arcelor et dans des centaines de petites et grandes entreprises, les C4 n’attendent, pour partir, qu’un timbre-poste. Si les patrons et les syndicats s’entêtent, ils le colleront ensemble (Demonty). On notera les “aujourd’hui” et “pendant ce temps”, accentuant le sentiment d’urgence : si on n’instaure pas le chômage économique pour le 30 avril à midi, des milliers d’entreprises vont licencier dès 13 heures, hein! D’ailleurs Arcelor vient de passer une commande suspecte à la Poste. Que diable! notre tissu économique menace de se distendre, nos entreprises risquent de passer de vie à trépas.

Les différences, à présent. On a lu qu’au début de son éditorial Michel Konen agitait l’épouvantail de l’idéologie pour expliquer le blocage. Saint-Bernard le fait lui… à la fin. Aaah Saint-Bernard, ces bonnes vieilles questions idéologiques. Ces termes dénués de sens que sont “capitalisme”, “lutte des classes”, rapport de forces. Si au moins nous retrouvions un semblant d’harmonie, si nous privilégiions le dialogue au conflit, la relation à la compétition, le pluralisme au sectarisme, le bien commun à la lutte des classes et aux intérêts corporatistes ou identitaires12. Cela permettrait de résoudre cette crise économique surgie du néant ou d’un commandement divin aux impénétrables desseins à laquelle seule une authentique humaniste13 pourrait répondre. Si Bernard Demonty ne l’écrit pas texto, il le pense en tout cas très fort. Saint-Michel, par contre, ne s’en prive pas : la balle est dans le camp de la Ministre de l’emploi, Joëlle Milquet. Si elle réussit à faire la synthèse (…), elle aura marqué des points importants pour elle et son parti.

Une différence entre un quotidien laïc et libéral et un autre, chrétien et “humaniste”? Où ça ?

Conseil musical : le 14 mai, P.J. Harvey et John Parish étaient en concert à l’Ancienne Belgique. Voici donc Leaving California, de leur dernier album : A Woman A Man Walked By

  1. par chômage temporaire on entend le chômage économique par manque de travail dans l’entreprise et le chômage technique; par exemple suite à la panne d’une chaîne de production []
  2. La Belgique est un des rares états européens à distinguer encore fortement les deux statuts []
  3. hors indexation des salaires et luttes pour des augmentations []
  4. jugée discriminatoire par l’Union Européenne []
  5. communiqué de presse du banc patronal du Groupe des dix http://www.feb.be/index.html?file=4108 []
  6. pour rappel un éditorial engage la rédactiondu journal, ou à tout le moins son éditeur []
  7. Crise, employés idéologie []
  8. L’abus de crise nuit gravement à la santé des travailleurs []
  9. voir point 1 []
  10. les plus hauts représentants syndicaux et patronaux : composé de 2 FGTB, 2 CSC, 1 CGSLB, 1 Unizo, 1 UCM, 1 Boerenbond, 2 FEB et enfin un président (FEB, lui aussi). []
  11. et non pas objective []
  12. Discours de Joëlle Milquet pour le congrès programmatique du CDH http://www.lecdh.be/sites/default/files/images/congres-programmatique.pdf []
  13. on disait chrétienne auparavant []

Hé valley ! Rastrein(-te)

Pour ce retour sur le blog après une trop longue interruption du serveur militant (à force de laisser traîner des gremlins à côté de la bouilloire électrique, faut pas s’étonner qu’ils bousillent le matos informatique.), pour ce retour, donc, je voudrais évoquer le système des astreintes.

1. Que se passe-t-il ?

Ces dernières semaines, de nombreux secteurs professionnels, dans toutes les régions du pays auront été touchés par des grèves : le groupe Beaulieu dans le secteur textile, Ikea et Carrefour dans la grande distribution, Cytec et UCB pour la chimie / pharmacie, et une kyrielle d’opérateurs de distribution d’électricité.

Fort bien, des travailleurs défendent leurs droits. Moins positif, ces conflits fort médiatisés ont dépassé le cadre d’une opposition travailleurs-employeurs : la justice a été appelée à la rescousse par les directions et des astreintes ont été prononcées à l’encontre des grévistes.

Le droit de grève, nous le respectons, mais à la condition qu’il n’entrave pas le droit au travail disent-elles en somme. Et de recourir aux huissiers pour faire appliquer ce prétendu1 droit au travail. Généralement, les directions passent par une requête unilatérale devant le tribunal de première instance2 et invoquent pêle-mêle leur droit à la liberté de travailler (elles, elles ne sont pas grévistes), leur droit à la propriété et aux valeurs qu’elles en tirent. Médiatiquement, les employeurs défendront plutôt le droit des non-grévistes à travailler ou des clients à faire leurs courses3. En substance, on peut faire grève mais sans gêner la bonne marche de la boutique : pas de piquet bloquant l’entrée aux non-grévistes ou entravant les livraisons, possibilité de recruter des sous-traitants pour remplacer les grévistes, etc. Toutes barrières que, pour leur part, les travailleurs grévistes utilisent pour peser économiquement sur l’entreprise et rappeler que ce sont eux les producteurs de richesse.

2. Oui mais les travailleurs non-grévistes ont “droit au travail”, quand-même ?

Oui, et non. Organisations syndicales et justice fonctionnent à deux niveaux différents, au détriment de ces premières. La justice évoque trop souvent le droit individuel à travailler, les syndicats privilégient l’aspect collectif lié à la défense des travailleurs. Ainsi, si la grève est votée en assemblée générale du personnel, parfois avec une majorité spéciale, elle devrait s’appliquer à tous, y compris à ceux qui ne veulent pas faire grève. A l’inverse, quand la grève n’est pas décidée ou que les travailleurs optent pour une reprise du travail, tous retournent au boulot, d’accord ou pas d’accord. Le constat est facile : directions et cadres supérieurs iront en justice pour pouvoir travailler et faire travailler les salariés qui le “souhaitent”. En pratique, ils veulent moins défendre le droit de leur personnel, que faire tourner leur entreprise, ne fut-ce qu’au ralenti, et continuer à engranger des rentrées financières.

3. Et on ne peut pas faire grève sans bloquer l’entreprise ?

En théorie, oui. En pratique c’est bien plus complexe. Soit 100% des travailleurs font grève, et même dans ce cas, les cadres sont réquisitionnés tandis qu’on leur adjoint des sous-traitants (ce fut le cas début octobre chez Cytec), soit ils trouvent des situations créatives qui minent la réputation de l’entreprise ou l’empêchent de tourner à plein régime : par exemple si parmi la majorité de grévistes, un service est particulièrement dur, se met complètement en grève et est difficile à remplacer. Une entreprise peut être paralysée faute de service informatique, la RTBF faute de cameramen, une raffinerie faute de personnel de contrôle. Mais ces cas sont isolés et aboutissent finalement au même  résultat : priver l’exploitation de recettes en s’en privant soi-même.

Et pour rappel, la procédure de concertation sociale est telle en Belgique, qu’un conflit se traduit en grève après de très nombreuses négociations infructueuses.

4. Pourquoi autant de recours à la justice maintenant ?

La volonté de balisage du droit de grève et de recours à la justice ne datent pas d’hier. J’en trouve déjà une trace en… 19494, en plein élaboration du système de concertation sociale.
Mais d’après les auteurs ecolo-agalev d’une proposition de loi5, il faut attendre la mi-2001 pour que les astreintes soient réellement demandées.

Auparavant “simple” outil de pression, de chantage, les astreintes ne servaient qu’à forcer la décision dans un sens plutôt qu’un autre. Désormais, elles contribuent également à mettre les travailleurs sur la paille. Mille euros pour un jour de piquet lorsque l’on gagne 1500 euros net représentent une fortune.

La tendance à  restreindre judiciairement un droit de grève mal défini en Belgique, si elle est bien plus ancienne que l’on ne peut le penser, connaît néanmoins une aggravation certaine.
Des cabinets spécialisés, comme le cabinet Claeys et Engels, proposent aux employeurs de les débarrasser rapidement de ces importuns (voir cet article très intéressant de Marco van Hees, paru dans Solidaire ). Des astreintes sont demandées avant-même qu’une action ait lieu (donc sans acte concret), comme chez Carrefour, etc.  Les montants demandés sont disproportionnés. Il est certain que les négociations qui ont commencé lundi en vue de rechercher un accord interprofessionnel6 ont amené le patronat à mettre la pression sur les travailleurs et à les décourager de faire grève au mois de décembre en cas d’échec momentané ou définitif des négociations. Les astreintes “proactives” ne sont donc que le reflet de l’attaque précoce des employeurs.

5. Réaction dans les milieux syndicaux.

Au-delà des protestations de la hiérarchie syndicale, et au-delà des ficelles juridiques pour s’opposer aux huissiers aux astreintes, d’autres mesures sont envisagées. Je voudrais vous en évoquer une en particulier. Un appel à signatures a été émis à l’initiative des délégations syndicales de la raffinerie Total et de l’entreprise Agfa-Gevaert, à Anvers.  Une énième pétition, c’est sûr. Vous pouvez la signer à titre individuel mais également en tant que délégation syndicale (150 ont déjà signé). Et c’est sans doute là que se situe l’intérêt du projet : les délégations signataires pourraient par la suite entrer en contact et réagir de concert si un huissier venait à pointer le bout de son nez dès la prochaine grève. Ce n’est pas une garantie, mais sait-on jamais…

Vous pourrez trouver toute l’information via ce blog : http://www.bloggen.be/syndicalevrijheden. Attention, le français n’est pas de la meilleure qualité.

Conseil musical : Bauhaus et In Fear of Fear

  1. Le droit au travail est avant tout destiné à procurer le droit à tous de travailler ainsi qu’à bénéficier d’une couverture financière, le chômage, si ce n’est pas le cas Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage (art. 21 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme). []
  2. quelques explications sur la structure et la procédure juridiques ici en note de bas de page []
  3. Voir par exemple ce qu’en dit le porte-parole de Carrefour “Waneer klanten en werknemers verhinderd worden de winkel binnen te gaan, moeten we ingrijpen”; soit “quand des clients ou des travailleurs sont empêchés d’entrer dans le magasin, nous devons intervenir”. Het Laatste Nieuws, “Personeel Ikea en Carrefour staakt”12/11/2008 []
  4. P. SEGHERS, “Législation sociale. Projet de lois sur la suspension du contrat de louage en cas de grève”, Bulletin Social des Industriels, n° 156, avril 1949, p.168 []

  5. Pdf : Proposition de loi modifiant l’article 1385bis du Code judiciaire en vue d’interdire l’application d’astreintes lors de contestations qui résultent de conflits collectifs du travail []
  6. càd un accord entre syndicats et patronat, valable pour toutes les entreprises du pays durant deux ans, qui définit notamment, côté syndical des augmentations salariales, des droits à la formation, les conditions de pré-pension, etc., mais aussi, coté patronal des diminutions de cotisations pour les entreprises, des systèmes d’indexation des salaires défavorables, etc. []

Faire travailler plus pour gagner plus

On l’entend trop souvent, les cotisations sociales patronales, les “charges” qui “pèsent” tant sur l’entreprise comme disent nos bourreaux du travail, sont trop élevées.

La Belgique serait un des pays ou l’impôt sur les sociétés serait le plus élevé au monde, etc. etc.

Pourtant, les organisations patronales se sont bien débrouillées pour gagner plus que ce qu’elles ne donnent. C’est le cas dans un mode de travail de plus en plus courant : le travail en équipes.

Je vais essayer d’être synthétique

1. Le travail en équipe est défini (officiellement) comme suit:
• travail au minimum avec 2 équipes comprenant au moins 2 travailleurs;
• qui font le même travail tant au niveau du contenu qu’au niveau de l’étendue;
• qui se succèdent dans le courant de la journée sans qu’il y ait d’interruption entre les équipes successives et;
• sans que le chevauchement n’excède un quart de leurs tâches journalières.
Le travail de nuit est le travail effectué entre 20 heures et 6 heures, sauf si le travailleur effectue uniquement des prestations entre 6 heures et 24 heures ou si le travailleur commence habituellement à travailler à partir de 5 heures.

En pratique, c’est un travail souvent pénible aux horaires variables et décalés (04-midi, par exemple). Pour ces contraintes, le travailleur bénéficie d’une prime d’équipe au montant rarement mirobolant.

2. Les augmentations de salaire direct pour les travailleurs, index compris bien entendu, ont été fixées à 5% pour 2007-2008. Il s’agit de la norme salariale indicative. “Indicative”, elle n’en est pas moins respectée dans nombre de situations. Et vu l’augmentation de certaines denrées, l’inflation sera sans doute forte et donc les augmentations salariales réelles d’autant plus limitées (2% d’index + 2% + 2% =6% => pas d’augmentation salariale directe parce qu’on est déjà au-dessus de la norme indicative*).

3. Pour des raisons de soutien à l’industrie automobile en Belgique, les patrons (avec le soutien discret de certaine centrale syndicale) ont obtenu une réduction des cotisations sociales de 10,7% pour le travail en équipes.

Donc :

Premier jackpot : les patrons gagnent de l’argent avec des travailleurs en équipes et ce, sans rien faire. Augmentés de maximum 5% sur deux ans (soit 2,5% par an), ceux-ci généreront une économie de 10,7% par an (sur la cotisation patronale**, évidemment. Pas sur la totalité du salaire).

Deuxième jackpot : l’économie est telle que que le travail en équipe et la prime qui y est liée coûte désormais moins cher, voire nettement moins cher*** dans certains secteurs que “le travail de jour” soit le travail exercé à horaires réguliers et diurnes ;-)

Troisième jackpot : la définition du travail d’équipe est relativement brève. Un patron avec un service de GRH bien organisé pourra placer nombre de ses ouvriers ou employés sous régime équipe (moyennant une misérable prime). Par exemple, il est tout à fait envisageable d’instaurer une “garde informatique” d’une entreprise en système de travail d’équipe. C’est d’autant plus facile et c’est là que le troisième bonus intervient, que la réduction de 10,7% est calculée mensuellement (sur base de la rémunération mensuelle brute du travailleur) mais que l’on peut en bénéficier dès l’organisation d’un jour de travail d’équipe. Reprenons la garde informatique : Paulo et Kevin assurent 8 heures de garde de 00h à 08h, Peter et Cynthia de 16h à minuit, sachant que durant la journée il n’y a pas besoin. Ils ne font cela qu’un jour par mois et coûtent 10,7% de moins pour tout un mois. histoire de rentabiliser les autres travailleurs, on leur affecte aussi un jour de garde et tout le personnel y passe. L’employeur pourra même leur faire un petit chèque cadeau à la fin de l’année, ses sujets ne sauront même pas qu’ils lui auront rapporté beaucoup plus.

Une dernière pour la route : on évoque la possibilité de monter la réduction à 16%…

NB : ne vous en faites pas pour les sources, elles arriveront tout bientôt

<EDIT> Voici donc les références (quasi toutes en néerlandais):

Tijd :
- “Straks doen we allemaal de nacht”, 17/10/07
- “Het cobra-effect”, 17/10/07
- “Agoria vraagt hogere korting ploegenarbeid”, 18/10/07
De Morgen :
-”Belgische arbeider is op één na duurste”, 18/10/07

Het Laatste Nieuws :
- “Belgische arbeiders op één na duurste van Europa”, 18/10/07

L’Echo : une brève de 105 mots  en date du 18/10

</EDIT>

* un peu de linguistique politique : les patrons abrègent la “norme salariale indicative”, en “norme salariale”, les syndicats en “norme indicative”. Autant on sait, le terme étant utilisé dans un contexte particulier, que l’on évoque les salaires autant ôter “indicative” tend à faire de cette norme une obligation :-)

** pour plus d’infos sur le calcul de la cotisation patronale : voyez ce lien.

*** 3,5% d’économie par tête de pipe dans une boîte de 200 travailleurs à 2000€ bruts du mois, ça fait 14.000€ d’économie mensuels

Conseils musicaux :

L’approprié Canned Heat avec Let’s work together

Et puis The Knife, groupe minimaliste suédois flirtant avec les glauques années 80 : Forest Families

Le PS aussi aime les riches

Sont marrants les jeunes socialistes. Mais un peu bêtes. Et très carnassiers. En fait, ils ne sont finalement pas si amusants que ça.

Hier soir, passablement éméché, je me retrouve avec quelques camarades, des authentiques ceux-là, à une soirée organisée par trois jeunes candidats socialistes au Sénat. On dira que j’y suis allé à l’insu de mon plein gré et que quelques vagues promesses de tournées générales et autres m’ont fait atterrir à cet endroit (et heureusement : chez les JS on boit… de la Heineken et elle est à trois euros).

Joints et bières aidant, je commence à discuter avec un de ces ambitieux jeunes requins et me présente très sérieusement comme indépendant vendeur et fabriquant de peintures biologiques. Me demandez pas pourquoi, c’est venu tout seul.

Jeune socialiste : “Et tu vends ça à qui ?

Moi : – Ben y a plein de bobos qui aiment bien ça, ce sont des pigments naturels, y a pas de plomb dedans. Ca marche très bien.

- …

- Et ma situation n’est pas facile. Je travaille tout le temps et j’ai un salarié mi-temps. ‘fin mi-temps. Un mi temps déclaré et un autre mi-temps en black, quoi. Ben oui, j’ai beaucoup trop de charges, ça coûte super cher. Moi je peux pas me permettre, hein. Il fait quoi le PS pour ça ? Parce que Didier Reynders, lui, il a promis des réductions de charges. Et je pense que je vais voter MR.

- Ah mais nous aussi, on fait des réductions de charges. Et tu vois, le MR il te défend pas vraiment.

- Ah il défend pas les patrons le MR ?

- Si mais juste les gros. Les gros patrons. Tu ne vas rien y gagner en votant pout lui. Nous on s’occupe des petits. Et d’ailleurs, si tu est un petit indépendant tu as 5 ans sans charges (sic*) patronales par employé.

- Quoi 5 ans ? Et pas d’ONSS à payer, rien du tout ?

- Non, non, rien. Et après cinq ans, tu engages un deuxième salarié et tu as de nouveau 5 ans sans charges.

- 10 ans ?? Ah ça c’est vraiment génial.

- Oui hein! Eh bien tu retiens bien mon nom, je m’appelle Az-Dine Aouragh, je suis candidat au Sénat.”Et de me tendre sa petite carte.

J’ai vérifié dans le programme du PS : tout ce qu’on y trouve c’est une exemption de cotisations sociales patronales pour deux employés pendant 5 ans mais uniquement dans le cadre de la création d’une nouvelle entreprise. C’est l’idée de Bayrou. Rien à voir avec le baratin qu’on ma servi plus haut. A la limite, Az-Dine Aouragh me suggère involontairement de me foutre en faillite virtuelle après cinq ans pour relancer le droit à l’exemption de cotisations.

Le prochain que je croise, me dis-je aujourd’hui, je me présenterai à lui comme un jeune entrepreneur en construction, obligé d’engager 8 ouvriers totalement en noir. Je voudrais bien régulariser ma situation parce que tous mes amis disent que je suis un négrier de la construction mais c’est pas vrai. Je les paye bien mes sans papiers, moi. Et puis j’ai pas le choix.

<EDIT>* Charge étant d’un poids difficilement supportable, ce terme idéologique n’a pas d’existence légale. On emploiera de préférence, mais le PS ne le comprend pas toujours, ni Ecolo d’ailleurs, le terme officiel cotisation (sociale) patronale </EDIT>

Conseil musical : Alien Bitezise avec F.Y.I.

Et vous ne vous en doutez peut-être pas, mais c’est de l’impro, le morceau que vous écoutez