Les battants du tambour

Ici plus bas une petite chronique publiée dans un nouveau périodique assumé financièrement et politiquement par le café le Verschueren à 1060 saint-Gilles. Ben oui, fallait y penser. Le blog du journalmensuel onze parvis est ici et vous pouvez trouver plus d’infos sur le journal en allant au Verschueren (vous pouvez aussi voir la première page ici [pdf]).

The Black Keys et Two Gallants n’ont pas réellement de lien entre eux. Deux groupes, deux concerts en Belgique, à six mois d’intervalle*. Deux duos whitie des Etats-Unis. Du Sud. Et donc blues. Mais rock aussi. Surtout rock, en fait.

C’est aussi deux guitares gémissantes, quatre voix qui se lamentent et deux batteries. Surtout rock, surtout deux batteries. Elles refusent le simple accompagnement, ne se planquent pas à l’arrière de la scène, masquées par les fumigènes. Au contraire elles sont tout devant. S’exposent et explosent à côté de la guitare. Elles sont plus que de la boîte à rythmes digne de Berlin et Take My breath Away** (sur la boîte à rythmes en tant qu’outil amusant et bien utilisé : écouter Ludwig Von 88 et Houlala 2 La Mission). De l’énergie, du raw power mais autre chose que du Rémy Bricka tombé dans l’escalier du commissariat en plus rapide (sur ce style réécouter Sepultura et Anticop en live***). Non un truc intelligent avec l’émotion. Ou bien l’inverse.

Et la peau de la grosse caisse d’être tabassée, la pédale la cognant à un rythme effréné; on se demande si les peaux des toms ne vont pas éclater, les cymbales se fendiller ou changer de forme tant ils sont martelés. Finalement, ce seront les baguettes de Patrick Carney des Black Keys qui voleront en éclats, les esquilles se dispersant dans l’air.

Chez les Two Gallants, malgré un tonnerre semblable et pourtant si différent ochestré par Adam Stephens, une clochette, ajout subtil, fait entendre son léger tintement. C’est peut-être là que réside un peu du génie du duo de San Fransisco. Oooups… Je n’aime pas écrire « génie », scusez-moi.

Non compris dans l’article : après le concert de Thurston Moore (Sonic Youth), j’aurais aussi dû ajouter Steve Shelley (Sonic Youth aussi).

Notez aussi que la Médiathèque de la Communauté française est en danger et que vous pouvez y trouver tous les CD des groupes cités plus haut. Oui, même Berline, malheureusement. Voir le site du personnel de la médiathèque.

*The Black Keys, Handelbeurs 02/03/2007 et The Two Gallants, Botanique/Orangerie 17/11/2007. Et Thurston moore 10/12/2007 Ancviennne Belgique.
** Non Je ne mets pas Berline en lien, vous n’avez qu’à chercher tous seuls.
*** Et total respect à Sepultura. Morceau écoutable sur le double CD spécial The Roots of Sepultura.

Je déteste les couples, je les hais… tout lourds

Petite sortie pour un moment que (c) www.lisagermano.comj’espère grand. Guéric, Oise et moi constituons un trio festif inédit pour cette Nuits Botanique du 10 mai où “les femmes s’en mêlent”. Ce soir, Charline Rose, Lisa Germano et Anaïs donnent un double “la”, déterminant et musical.

Le temps de louper Charline Rose (que Jean-Pierre Hautier aime beaucoup ce qui me fait penser que je n’ai peut-être pas manqué grand’chose), et nous voilà dans la salle de l’Orangerie, à l’instant où commence Lisa Germano. A la différence de sa prestation à la Rotonde au mois de décembre, elle est cette fois acccompagnée d’un bassiste dont l’utilité dans un set minimaliste restait à prouver. Elle le sera avec brio, particulièrement quand Lisa Germano délaissera le piano pour sa vieille guitare cabossée.

Le public par contre, il est moins certain qu’il fut utile. Gênant même. Toujours ce problème des festivals où la moitié de l’assistance n’en a que pour la tête d’affiche. Du coup, Guéric d’auditeur averti est devenu audiophile irrité et tel le cinéphile au Musée a hurlé un chhhhhhhhht suivi des “m’enfin, c’est pas possible” (bien insister sur le “i”, laisser tomber le “L” ).

(Pause : une mousse avec bière plus tard)

Anaïs commence son set. Et nous sommes visiblement les trois(c) anaisinyourface.free.fr/ seules personnes à avoir quitté la salle, tandis que 300 autres s’y sont engouffrées entretemps. La foule est compacte et peu sympathique. Se frayer un passage tient de l’exploit, les couples enlacés ne se détachent pas, feignent ne pas nous voir, jouent les excédés, le sont réellement. Recherchent l’hypothétique petite croix sur le sol indiquant leur “place debout” numérotée. Ne la trouvent pas. Signifient à Guéric qu’il doit dire pardon chaque fois qu’il avance un pied.

Un refuge est enfin trouvé à gauche de la zone neutre où travaille l’ingé son. Impossible de s’accouder trente secondes aux barrières Nadar : les “je ne vois plus rien” des copines ponctués des “pfffffff” des copains sont autant de manières indirectes de nous suggérer de foutre le camp. Arrêt définitif cinq mètres plus loin, après un ultime parcours du combattant. Et je peux voir…

… la scène, un grand guitariste, un batteur dans le fond, Anaïs à l’acoustique et à la boîte à loops. Deux écrans pas géants transmettent l’image d’une traductrice en langue des signes qui, on l’imagine, convertit ce qui est raconté par le guitariste entre deux morceaux, soit les tracas existentiels d’une collégienne américaine. Du moins de ce que j’en comprends et de ce qu’on m’en explique. Ma tête est rapidement ailleurs : la salle n’est pas réceptive aux déhanchements et chabadabada corporels qu’on appelle la danse. Je suis droit comme un “I”et j’ai l’impression que si je bouge de trois centimètres, ça va finir en engueulade avec la “dame” juste derrière moi qui n’a de cesse de soupirer et est sans doute à l’origine d’un peu amène coup de coude; Oise qui esquissait un mouvement a été aussitôt remise à sa place. Persistant à marmonner, ruminer et gargouiller je propose à la désormais mégère de passer devant moi si elle ne voit rien.

Mais non, c’est vous qui vous imposez. Je veux rester près de mon mari, moi.

C’est donc ça !!!. Des maris, des épouses, des “mon coeur, mon amour” ! Je ne vois plus que ça. Les messieurs ont le cheveu bien taillé, le poil de barbe rasé si soigneusement qu’on les croirait imberbes, leur nez supporte de petites lunettes de matheux. Leur rock’n'roll attitude s’exprime par une chemise à carreaux parfaitement repassée qu’ils auront eu soin, toutefois, de négligement fait sortir du jean. Toujours accompagnée, Madame allie tendresse et fierté dans les bras de cet époux à l’uniforme casual, adapté à toutes les situations. Elle arbore un sage carré en guise de coiffure tandis qu’un petit pull noué autour de son cou recouvre partiellement un pudique chemisier blanc à la coupe indéfinissable. Et ce genre de machins, dans une salle, ça ne bouge pas. Ca ne danse pas. Ca ne vit pas. Poliment, on évoquera un public statique (et cela va de soi, sans électricité). Honnêtement, on parlera de public de merde. Pourtant, ils connaissent parfaitement l’album ces petits couples. Ils apprécient le deuxième degré, savent exactement quand rire, mais pas du tout pourquoi. Alors même qu’ils se moquent de leur propre miroir.

Bref Anaïs, oui, mais uniquement au Graspop : elle aussi a droit à un public de qualité.

Conseil musical : Lisa Germano avec If I Think Of Love