Le Soir et La Libre ou L’aube d’un Diktat (deuxième partie)

Après avoir quelque peu bifurqué vers les notices wikipedia, j’en viens finalement au sujet initial : la vision des enjeux du chômage temporaire des employés pour Le Soir et La Libre Belgique.

Si vous en savez assez sur le chômage temporaire 1, vous pouvez directement aller au point 2, objet du billet.

1. Le chômage temporaire : les enjeux

A. Au centre des différences de statuts entre ouvriers et employés

L’enjeu du chômage temporaire pour les employés est en fait un concentré d’autres enjeux et de rapports de force entre syndicats et patronat concernant le statut des ouvrier et des employés2.

Officiellement, le statut d’ouvrier est rattaché à un travail constitué majoritairement de tâches manuelles, le statut d’employé à une majorité de tâches intellectuelles. En pratique, cette distinction selon le type de travail perd de sa pertinence au fil des ans : les travaux manuels nécessitent de plus en plus de maîtrise intellectuelle pour pouvoir être exercés : qu’il s’agisse de formation préparatoire ou continue ou bien d’aptitudes intellectuelles lors de la tâche : un maçon doit pouvoir comprendre un plan, un opérateur en salle de contrôle est devant un écran toute la journée.

Schématiquement, ces différences sont les suivantes :

  1. Les ouvriers ont des délais de préavis  plus courts que ceux des employés. Ils peuvent être licenciés plus rapidement (et peuvent démissionner plus facilement). Les indemnités qui leur sont versées en cas de licenciement sont donc moins élevées. Cela joue beaucoup lors des restructurations.
  2. Les ouvriers ont des périodes d’essais plus courtes que celles des employés.
  3. Les ouvriers connaissent peu d’évolution salariale lors de leur carrière3, tandis que les employés ont ce qu’on appelle une évolution barémique : en fonction de l’âge4 ou de l’ancienneté, leur salaire est augmenté automatiquement.
  4. Enfin, le chômage temporaire (voir point B) n’existe pour les employés qu’en cas de force majeure. Il peut être appliqué bien plus facilement pour les ouvriers.

Depuis bientôt dix ans, les interlocuteurs sociaux, patronat et syndicats, négocient pour harmoniser ces statuts. Simple en apparence, cette harmonisation cache en réalité des volontés patronales de dévaloriser le statut d’employé, particulièrement en harmonisant vers le  bas les délais de préavis en cas de licenciement. Ben oui : virer un employé à moindre coût fait partie des plus ardents désirs patronaux. Un autre objectif patronal consiste aussi à introduire le chômage temporaire pour les employés.

Un bon résumé de ces débats se trouve ici : http://www.far.be/far/publications2007/160507.pdf
. Je m’en suis largement inspiré.

B. Le chômage temporaire

Le chômage temporaire consiste :

  1. A mettre les travailleurs au chômage pendant une période définie et en leur versant (un petit) complément à l’allocation de chômage.
  2. A garantir leur emploi et leur retour au travail après le retour à la normale (c’est qu’il est moins cher de reprendre un travailleur déjà formé à son outil plutôt que de financer la formation d’un débutant).

Beaucoup d’entreprises ont recours à ce système sans avoir pour autant de bonnes raisons.

Bien  souvent, des entreprises mettent des ouvriers en chômage économique pour diminuer la production et maintenir ainsi des prix à la hausse. Par exemple, la vente d’engrais est faible durant l’hiver. La production sera donc diminuée pour maintenir des prix élevés. Les travailleurs sont donc les premières victimes de la politique économique de l’entreprise.

En ce qui concerne le chômage temporaire, les patrons menaçaient5 de licencier si l’on n’introduisait pas le chômage temporaire pour les employés.

Ils ont donc saisi au vol l’opportunité de la crise économique pour demander un avantage sans tenir compte des autres différences de statut.

2. Qu’en disent les médias ?

Saint Bernard Demonty versus Saint-Michel Konen

Le 30 avril paraissaient deux éditoriaux6  sur le chômage temporaire. Le premier était rédigé par Michel Konen, dans La Libre Belgique 7 le deuxième était l’œuvre de Bernard Demonty, dans Le Soir8.

Premier élément intéressant, aucun des éditorialistes ne reprend le débat dans sa globalité9. La négociation du Groupe des dix10 n’est pas abordée une seule fois.

Deuxième élément : le chômage temporaire pour les employés est la solution pour éviter les licenciements. Outil de flexibilité à “visage humain” pour Michel Konen, avancée permettant d’éviter les licenciements pour Bernard  Demonty.

Mais le plus curieux est sans doute la structuration identique de ces deux éditoriaux. Tant le journaliste du Soir que celui de La Libre veulent présenter les parties en présence de manière neutre. En fait c’est eux qu’ils veulent situer eux de façon neutre11. Demonty et Konen placent donc les interlocuteurs dos à dos, que ce soit pour des enjeux économiques mais aussi politiques et donc idéologiques (Konen) ou parce que les arguments (…) des employeurs et des syndicats provoquent un désagréable sentiment d’abus de crise (Demonty).

Mais si l’on prend la peine d’aller jusqu’à leurs conclusions (j’ai dû me forcer), nos braves gardiens de la neutralité journalistique se laissent aller à leurs penchants patronaux en nous prenant par les sentiments. C’est que l’on voit pourtant, aujourd’hui déjà, des entreprises, en particulier des PME, prises à la gorge par la chute des commandes(…) (Konen) . Pendant ce temps chez Arcelor et dans des centaines de petites et grandes entreprises, les C4 n’attendent, pour partir, qu’un timbre-poste. Si les patrons et les syndicats s’entêtent, ils le colleront ensemble (Demonty). On notera les “aujourd’hui” et “pendant ce temps”, accentuant le sentiment d’urgence : si on n’instaure pas le chômage économique pour le 30 avril à midi, des milliers d’entreprises vont licencier dès 13 heures, hein! D’ailleurs Arcelor vient de passer une commande suspecte à la Poste. Que diable! notre tissu économique menace de se distendre, nos entreprises risquent de passer de vie à trépas.

Les différences, à présent. On a lu qu’au début de son éditorial Michel Konen agitait l’épouvantail de l’idéologie pour expliquer le blocage. Saint-Bernard le fait lui… à la fin. Aaah Saint-Bernard, ces bonnes vieilles questions idéologiques. Ces termes dénués de sens que sont “capitalisme”, “lutte des classes”, rapport de forces. Si au moins nous retrouvions un semblant d’harmonie, si nous privilégiions le dialogue au conflit, la relation à la compétition, le pluralisme au sectarisme, le bien commun à la lutte des classes et aux intérêts corporatistes ou identitaires12. Cela permettrait de résoudre cette crise économique surgie du néant ou d’un commandement divin aux impénétrables desseins à laquelle seule une authentique humaniste13 pourrait répondre. Si Bernard Demonty ne l’écrit pas texto, il le pense en tout cas très fort. Saint-Michel, par contre, ne s’en prive pas : la balle est dans le camp de la Ministre de l’emploi, Joëlle Milquet. Si elle réussit à faire la synthèse (…), elle aura marqué des points importants pour elle et son parti.

Une différence entre un quotidien laïc et libéral et un autre, chrétien et “humaniste”? Où ça ?

Conseil musical : le 14 mai, P.J. Harvey et John Parish étaient en concert à l’Ancienne Belgique. Voici donc Leaving California, de leur dernier album : A Woman A Man Walked By

  1. par chômage temporaire on entend le chômage économique par manque de travail dans l’entreprise et le chômage technique; par exemple suite à la panne d’une chaîne de production []
  2. La Belgique est un des rares états européens à distinguer encore fortement les deux statuts []
  3. hors indexation des salaires et luttes pour des augmentations []
  4. jugée discriminatoire par l’Union Européenne []
  5. communiqué de presse du banc patronal du Groupe des dix http://www.feb.be/index.html?file=4108 []
  6. pour rappel un éditorial engage la rédactiondu journal, ou à tout le moins son éditeur []
  7. Crise, employés idéologie []
  8. L’abus de crise nuit gravement à la santé des travailleurs []
  9. voir point 1 []
  10. les plus hauts représentants syndicaux et patronaux : composé de 2 FGTB, 2 CSC, 1 CGSLB, 1 Unizo, 1 UCM, 1 Boerenbond, 2 FEB et enfin un président (FEB, lui aussi). []
  11. et non pas objective []
  12. Discours de Joëlle Milquet pour le congrès programmatique du CDH http://www.lecdh.be/sites/default/files/images/congres-programmatique.pdf []
  13. on disait chrétienne auparavant []

Vitalic n’est pas une nouvelle croquette pour chats

Visiblement mon chat n’aime pas du tout Vitalic.

Ici plus bas en conseil musical :

Deux extraits (album live sorti récemment) du concert de Vitalic à l’Ancienne Belgique avec une ambiance du tonnerre : Anatoles et Follow The Car

Comment ça!? Vous non plus vous n’aimez pas ??

Funk on stage, punks en rage, public en nage

Un journaliste, je ne sais plus lequel, mais écrire “un journaliste” doit vous convaincre que c’est vrai, a écrit je ne sais plus où mais cela ne s’est pas envolé donc c’est que ça doit être vrai , que le style de !!! (lien ici, ici, ici ) s’apparente à un très efficace mélange de punk et de funk.

Leur face de punk (Must be The Moon, sans doute) se devinera aisément par leurs prestations scéniques, mais aussi en dehors, avec le public. Côté funk, les !!! n’ont pas oublié la seconde partie du titre du deuxième album de Funkadelic : Free your mind est en effet complété d’un …and your ass will follow bien utile à la désaliénation cérébrale. Il était sans doute utile de le rappeler tant les pudiques marketteurs se contentent d’un free your mind édulcoré que ce soit sur MTV, ou encore ici.

N’ayant pas de fringues à l’effigie des Crass à disposition, grand bien me prit d’aller me balader à ce concert vêtu d’un T-shirt hommage à la révolution sexuelle prônée par George Clinton et sa bande : puisque Funkadelic ne s’est pas non plus privé d’inverser les termes de son célébrissime slogan en un Free your… ass and your mind will follow.

Après une première partie bien emmerdante par les 120 Days (une énième imitation de la voix insupportable de Robert Smith*), il aura fallu un petit quart d’heure seulement pour que le public se compresse vers la scène telle une voiture retraitée à la casse et commence à se trémousser à l’instar d’un bus accordéon de la STIB franchissant un rond-point. Trio de batteurs, duo de chanteurs, solo du reste, la soirée avait déjà tenu toutes ses promesses après une petite heure. Nic et John, les deux chanteurs, s’époumonaient sur scène et dans la salle, le temps d’une descente vers le public, voire d’une montée aux balcons de l’AB; la ligne de basse accompagnant de très longs morceaux faisait perdre plusieurs litres de sueur à tous et raidissait les mollets pour un lendemain qui ne pouvait s’annoncer que difficile. Un saxo ou une trompette venait de temps en temps dérégler l’harmonie et crier ses notes. Bref, tout préfigurait ce en quoi Guéric, compère de concerts, est passé maître : l’envahissement de scène à l’AB**. Les deux mains sur la scène, un appui rapide sur les jambes, la droite est déjà sur scène. Il se lève, ça y est! Immédiatement suivi par… moi d’abord et par 7, 8 autres fans. Parce que Guéric, hommage spécial, a le don de savoir à quel moment une partie du public le suivra dans ses candidatures très spontanées pour un job de roadie. Ce fut un moment de gloire d’un soir collective et de grande fraternité avec les dits roadies “ouais ouais, ça va on descend”.

Et à peine m’étais-je essuyé dans mon T-shirt (Ô fraîcheur ), que le guitariste désignait ce bout de tissu qui m’avait fait office de serviette-éponge. Funkadelic l’a vraiment marqué (va t’en savoir les effets de l’eau de Spa***), et j’étais invité à monter sur scène. Tout seul cette fois. ‘fin avec le groupe, quoi. Même le roadie se faisait discret, caché derrière sa tenture. Ne me restait plus qu’à danser. Enfin, danser dans une meute où on est pressé de partout, c’est facile. Avoir toute la place sur scène et faire une chorégraphie dans l’air du temps, c’est plus ardu. Surtout si toutes les bières ne se sont pas encore converties en transpiration alcoolisée (je n’étais pas saoûl pour autant), que je ne comprenais pas très bien ce que je foutais là, et que je voulais pas bousiller leur matos en marteau-piquant à deux pieds joints, en sautillant tel Bambi sous acid ou en faisant de mes bras les pales d’une éolienne rencontrant Katrina****. Le paysage étant plutôt banal, je me suis dit que ben oui, vas-y : marteau-pique, sautille, éolise, crie, sourit, amuse-toi à fond. T’es sur la scène avec !!!, pas avec Krakow. Ca a duré 5 minutes, j’étais star d’un soir, tout content d’avoir fait la promo du funk, un peu exalté, très très épuisé physiquement (sérieusement vous êtes nombreux à danser non stop durant un concert ?). Et ce n’était pas terminé, les !!! nous emmenant encore pour un final haletant et rythmé de la mort qui tue (oui j’ai des métaphores mais pas encore les expressions artistiques).

Ouais quand j’aurai des petits neveaux que les !!! seront morts dans leur vomi à 27 ans, je pourrai leur dire : “j’y étais”

Conseil musical : Me and Giuliani Down by the School Yard. Par !!! bien entendu

* je vais encore me faire des amis

** pour le P-Funk (pas vraiment un envahissement), Vitalic (réel débordement ) et pour !!!

*** ben oui, private joke

**** oui je m’amuse un peu avec les métaphores foireuses